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Disparition possible des mezzanines de lecture dans les écoles primaires

Yves Nadon... (Archives, La Tribune)

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Yves Nadon

Archives, La Tribune

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« Lorsqu'il est question de sécurité, il n'y a pas de compromis possible. » - Sylvain Lamothe, porte-parole de la Régie du bâtiment du Québec

Maintenant que l'argument massue est tombé, que pouvons-nous faire et dire? La sécurité plane au-dessus de bien d'autres critères.

Des lieux seront détruits où il n'y a pas eu un seul accident répertorié, contrairement aux cours asphaltées et sécurisées, aux parcs avec jeux sécurisés, aux trottoirs sécuritaires, aux substances ininflammables sécurisées, mais qui dégagent des substances nocives... J'ai des collègues qui ne peuvent même pas mettre un tapis dans leur classe dans certaines provinces à cause du risque de feu : à quand cette innovation sécurisée chez nous? Il faudrait peut-être éteindre la passion en salle de classe au risque d'enflammer nos écoles... Ce serait plus sécuritaire...

Qu'on se le dise : nous n'avons pas bricolé ces mezzanines avec de vieilles palettes de fond d'entrepôt et négligé la sécurité des enfants. Non. Ce sont des parents ingénieurs en bâtiment et entrepreneurs en construction de maison qui ont investi leur temps pour offrir à leurs enfants un environnement d'apprentissage stimulant. Aucun d'entre nous ne désire se retrouver sur la première page du journal pour un accident de mezzanine dans sa classe. Les normes de la Régie n'ont peut-être pas été respectées, mais la sécurité était aussi une de nos priorités.

Nous aurions souhaité de l'aide pour demander un changement au règlement et une plus grande tolérance en insistant sur le côté inadapté de la loi et sur la disproportion entre l'obsession de sécurité et le gros bon sens. Cela ne semble pas se dessiner à l'horizon.

J'aimerais maintenant voir comment nous allons reconstruire ce que nous avions bâti. Nous n'avons pas attendu les maigres budgets pour rendre nos classes lettrées et intéressantes. Quand de grandes recherches sur la lecture arrivent à des conclusions incontournables, nous réagissons pour le bien et la sécurité lettrée de nos élèves. La grande question maintenant : ceux qui, avec de sérieux arguments, vont détruire ce que nous n'aurions jamais dû construire, vont-ils avoir le même sérieux et zèle quand viendra le temps d'investir dans l'éducation?

Nos livres, nombreux dans nos classes, sont faits de papier. Plus nous en avons, plus il y a risque de propagation du feu. Va-t-on maintenant les enlever quand un fonctionnaire, bien calé dans sa chaise dans un bureau sécuritaire, dira qu'il y a risque d'incendie, citant le feu célèbre de la bibliothèque d'Alexandrie? À bien y penser, les bibliothèques sont des endroits extrêmement dangereux que le gouvernement devrait fermer dans les plus brefs délais; hé, elles risquent d'enflammer les passions des citoyens!

Une classe vient avec des chaises et des pupitres, rien de plus. Qui va prioriser l'apprentissage dans un environnement stimulant? Nous devons les belles classes aux enseignants, à personne d'autre. Les enseignants seuls portent financièrement les belles classes invitantes et lettrées. Alors, je vous dis ceci : nous tenterons de reconstruire les mezzanines. Avec l'aide de la communauté. En métal? Ok. Dégagement adéquat? Ok. Escaliers selon les normes? Ok. Dites-nous ce qu'il faut, et comme avant, nous le ferons.

Tiens, un livre. Tiens, un texte. Le Petit Prince, que certains aiment dire être un de leurs livres préférés. Tel un allumeur de réverbères, on peut maintenant se cacher derrière l'argument de la consigne.

Je nous souhaite des classes qui suivent plus que la consigne.

Yves Nadon,

directeur littéraire

Maison d'édition D2eux

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