Ottawa manque de conviction

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / L'élection du gouvernement Trudeau avait soulevé beaucoup d'espoir dans la famille de Raif Badawi, qui vit à Sherbrooke, et chez les militants pour les droits de la personne.

En campagne électorale, les libéraux dénonçaient la lenteur du gouvernement conservateur et réclamaient une intervention directe du premier ministre Stephen Harper auprès des autorités saoudiennes pour obtenir sa libération.

Aujourd'hui, le premier ministre Justin Trudeau met des gants blancs.

Il plaide qu'il ne faut pas agir « trop vite » dans ce dossier pour éviter, dit-il, « des conséquences néfastes » pour le blogueur saoudien condamné à 10 ans de prison en 2014, à 1000 coups de fouet et à une amende de 260 000 $ pour « insulte à l'islam ».

Parallèlement, le gouvernement libéral a décidé d'honorer un contrat de 15 milliards $ avec Riyad, conclu sous l'ancien gouvernement conservateur, pour des véhicules militaires fabriqués en Ontario.

Des emplois pourraient être en jeu et il est difficile d'influencer un pays riche et puissant comme l'Arabie saoudite, par ailleurs berceau de l'islamisme radical.

Mais la complaisance des pays occidentaux comme le Canada à l'égard de cet État qui lapide les femmes « adultères », ampute les voleurs et est un champion de la peine de mort, ne peut plus durer.

Pas moins de 153 personnes y ont été exécutées en 2015, selon Amnistie internationale (AI), et 79 autres l'auraient été depuis le début de 2016.

Il est inadmissible qu'Ottawa ferme les yeux sur cette réalité en échange de contrats militaires et ne sache plus quoi inventer pour se justifier.

À cet égard, la trouvaille du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, qui légitime le maintien du contrat avec Riyad au nom du principe de la « conviction responsable », est à la limite fallacieuse.

M. Dion a été jusqu'à faire valoir qu'il importe peu pour Riyad que l'équipement vienne d'une usine ontarienne ou américaine.

Est-ce une façon de dire que si on ne le fait pas, d'autres le feront à notre place et qu'il est inutile de défendre nos valeurs, même devant les pires exactions?

L'autre argument selon lequel il vaut mieux entretenir des liens commerciaux avec ce pays afin de l'influencer ne tient pas la route : Riyad a toujours rejeté toute forme de critique de son application stricte de la loi islamique.

La position de M. Dion est très délicate, d'autant plus que M. Badawi n'est pas citoyen canadien, mais il nous avait habitués à davantage de rigueur et de compassion.

Où sont passés les grands principes et les convictions qu'il brandissait en campagne électorale?

Le gouvernement libéral doit agir avec discrétion dans ce dossier, mais nous avons nettement l'impression qu'il avance à pas de tortue et qu'il ne fait guère mieux que les conservateurs avant lui.

Marie-Claude Bibeau, députée de Sherbrooke et ministre du Développement international, reconnaît que la stratégie du fédéral « n'est pas populaire » ni « flamboyante ».

« Mais elle n'en est pas moins efficace », affirme-t-elle, soulignant que le dossier est actif et qu'elle a eu une douzaine de rencontres et d'échanges « de haut niveau », parallèlement au travail du ministre Dion.

Amnistie internationale (AI) n'en déplore pas moins la lenteur du fédéral et réclame un plan d'action pour faire libérer M. Badawi.

Les libéraux fédéraux, on le sent, ne sont pas très à l'aise dans ce dossier.

Pour l'heure, malheureusement, Raif Badawi et ses proches doivent continuer de s'en remettre à AI et aux milliers de citoyens à travers le monde qui militent pour sa libération, notamment à Sherbrooke où les vigiles se poursuivent les vendredis devant l'édifice de l'Hôtel de Ville.

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