Barrette sape la critique

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Robert Salois, occupait la fonction de commissaire à la santé et au bien-être depuis 2006.

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

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ÉDITORIAL / Dans le foisonnement d'actualités des dernières semaines, l'abolition du poste de Commissaire à la santé et au bien-être est pratiquement passée inaperçue. Québec a profité de son dernier budget pour éliminer cette fonction. L'État se prive ainsi d'une source indépendante pour radiographier la performance de son principal secteur de dépenses.

Robert Salois occupait la fonction depuis 2006. Dentiste de profession, l'homme a pratiqué à Sherbrooke. L'abolition de son organisme, pense-t-il, va se traduire par une perte d'indépendance et de transparence. Il a bien raison. Bien qu'obscur à la majorité des contribuables, le siège de Commissaire représentait la garantie d'obtenir un portrait fidèle de notre réseau de la santé. En raison de sa taille et de sa complexité, ce réseau nécessite une fine analyse qui échappe aux comptables du Vérificateur général.

Robert Salois a révélé que le niveau de satisfaction des Québécois à l'égard du système de santé est préoccupant. De fait, le Québec occupe le dernier rang des quatre provinces comparées, avec un piètre 43,7 % de la balise. Pour retrouver cette confiance populaire, estime le Commissaire, plusieurs défis doivent être relevés, notamment au chapitre de l'accessibilité, de la continuité et de la coordination des soins.

En ce qui concerne cet accès, rappelons que le Commissaire écrivait que le défi majeur à relever est toujours de trouver les moyens pour réduire les délais d'attente pour rencontrer un médecin. Au Canada, note-t-il, le Québec se situe au 10e rang à ce chapitre, « avec une performance très préoccupante ».

Dans un précédent rapport, il révélait aussi que 60 % des patients qui se rendent dans les urgences auraient pu se faire soigner ailleurs. L'accès aux services de première ligne est encore trop difficile, notait-il, reconnaissant qu'un changement de culture s'avérait nécessaire.

En 2015, Robert Salois arrivait aussi à la conclusion que le gouvernement du Québec a perdu le contrôle du coût des médicaments. À son avis, le Québec s'approche du seuil critique où notre mode de gestion met en péril la pérennité du système de santé. Le Commissaire constate ainsi que les Québécois payent beaucoup trop cher pour leurs médicaments.

Peu importe le ministre et son allégeance politique, ce genre de constat est toujours très difficile à entendre pour le titulaire de la Santé. Pour Gaétan Barrette, la moindre critique ou note discordante devient insupportable. On l'a récemment vu à Tout le monde en parle se démener comme un diable dans l'eau bénite en refusant d'offrir ses excuses à la députée Diane Lamarre, ce qui aurait constitué l'admission d'une erreur.

Selon Gaétan Barrette, la décision d'abolir le poste de Commissaire à la santé et au bien-être est « purement économique ». Qu'on en juge. En 2016, le budget du Commissaire à la santé se limitait à 2,7 M$, soit une infime portion des 33,4 milliards de dollars qui seront engloutis dans la Santé selon le dernier budget Leitao. Du même souffle, on apprend que Québec abdique devant les médecins en leur accordant la hausse consentie à ses fonctionnaires, soit 158 M$ jusqu'en 2018.

La transparence a un prix que le ministre Barrette n'a visiblement pas l'intention de payer. L'abolition du poste de Commissaire n'est pas économique, mais bien stratégique. Il vient de clouer le bec de la seule personne susceptible de contester une hypothétique tentative d'enjoliver un bilan peu reluisant, incluant sa promesse de procurer un médecin de famille à chaque citoyen d'ici la fin de son mandat.

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