L'innovation à l'UdeS, un concept à deux vitesses

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C'est ce que j'en conclus après avoir assisté à un premier spectacle à la salle Maurice-O'Bready de l'Université de Sherbrooke depuis ses plus récentes rénovations.

Depuis mon arrivée à Sherbrooke en 1981, j'ai abondamment fréquenté cette salle lors de spectacles et rencontres de toute sorte. On y retrouvait alors une configuration innovatrice peu fréquente dans les salles de spectacles québécoises. En effet, une personne en fauteuil roulant pouvait s'installer sur le côté de la salle dans la rangée « N » et ainsi côtoyer son conjoint, ses enfants ou ses amis.

Mes activités familiales et professionnelles de ces dernières années ne me permettaient plus de fréquenter cette salle de spectacle. J'anticipais donc le plaisir de bénéficier des dernières rénovations de la salle Maurice-O'Bready, d'autant plus que je venais de recevoir des billets en cadeau de ma fille.

Déception. Immense déception. Ces places sur le côté n'existent plus! Elles ont été remplacées par des « sièges confort », interdits aux personnes en fauteuil roulant. Il est désormais presque impossible d'assister à un spectacle avec ma conjointe, ou avec toute autre personne n'ayant pas le privilège d'être en fauteuil roulant.

L'Université de Sherbrooke a donc rejoint la norme la plus basse que l'on retrouve dans les autres salles de spectacle. Ce « nivelage par le bas » oblige maintenant une personne en fauteuil à s'isoler, que dis-je, s'expatrier à la rangée « Z » au fond de la salle parmi d'autres personnes en fauteuil roulant, soit dans la zone handicapée, telle que nommée par le préposé aux réservations. Non, ce n'est ni honteux ni dégradant de se retrouver entre « personnes-de-même-fauteuil ». Mais une personne en fauteuil ne se tient pas nécessairement toujours avec d'autres personnes en fauteuil.

Ainsi, si ma conjointe veut être avec moi pendant le spectacle, elle doit tout d'abord faire preuve de beaucoup d'entêtement afin d'obtenir un billet dans la rangée « Z » alors qu'elle n'est pas en fauteuil roulant. Elle doit ensuite renoncer à son confort et se résoudre à assister au spectacle sur une petite chaise droite. Des chaises similaires à celles qui sont utilisées pendant les rencontres de parents à l'école ou lors des séances du conseil de Ville.

Autre injustice plus subtile. Lors de vos dernières rénovations, vous avez ajouté une seconde rangée de porte de chaque côté de la salle. Cette amélioration isole les spectateurs situés en périphérie de la salle des divers bruits provenant de l'extérieur. Mais par-dessus tout, elle les met à l'abri des éclats lumineux qui surviennent chaque fois qu'un de vos employés ouvre la porte pour laisser passer un spectateur retardataire ou devant se rendre à la salle de bain. Pourquoi ne pas avoir fait la même chose à l'arrière? Confinés au fond de la salle, distraits par les multiples communications de vos employés sur leur walkie-talkie, les éclats lumineux résultant de l'ouverture d'une porte continuent de déranger.

Par le passé, j'ai fréquemment complimenté les dirigeants de l'Université et du Centre culturel pour leur innovation. À la lumière de mes dernières observations, force est de constater que certaines de ces innovations sont réservées à une classe de gens. Aujourd'hui, c'est donc un blâme sévère que je sers à l'Université pour avoir participé à une telle dégradation des droits de la personne et du plaisir d'assister à un spectacle.

Gilles Daoust, Ph. D.

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