«Sans oui, c'est non!»

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Une campagne de sensibilisation à grande échelle se déploie sur les campus québécois pour prévenir les violences à caractère sexuel.

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Vincent Beaucher
La Tribune

ANALYSE / Peut-être avez-vous vu ou entendu ce slogan récemment? Il s'agit du titre donné à une campagne de sensibilisation à grande échelle à laquelle prennent part plusieurs universités québécoises, dont l'Université de Sherbrooke. Le message est simple : les violences à caractère sexuel n'ont pas leur place sur les campus universitaires. Par extension, cela n'est pas plus acceptable à l'extérieur de ceux-ci.

D'entrée de jeu, précisons ce qui est visé par cette campagne. Selon le site web de l'UdeS, la violence sexuelle « se définit comme toute forme de violence, physique ou psychologique, perpétrée par le biais de pratiques sexuelles ou ciblant la sexualité. Cela comprend : le harcèlement sexuel, l'agression sexuelle, les attouchements, les images sexuelles dégradantes, le voyeurisme, l'exhibitionnisme, le cyberharcèlement et l'exploitation sexuelle. » Ces comportements non désirés et dégradants touchent essentiellement la gent féminine, quoiqu'il est de plus en plus question de cette minorité d'hommes qui subissent de tels comportements, mais qui n'en parlent pas à cause des tabous qui subsistent.

Le cas américain

Si cette campagne bat son plein chez nous, il y a actuellement aux États-Unis tout un mouvement qui, semaine après semaine, cherche à bousculer les moeurs quant à ce qui se passe sur et autour des campus universitaires, relevant souvent l'inaction des dirigeants de ces institutions. Encore récemment, une manifestation regroupant plusieurs centaines de participants avait lieu à l'Université Howard de Washington après qu'une étudiante eut dénoncé sur les médias sociaux le peu de considération de l'administration universitaire après qu'elle eut rapporté son viol, qui plus est dans un dortoir de l'université. Ce laxisme est-il une tentative de ne pas ternir la réputation de l'université? C'est une question qui est soulevée depuis plusieurs décennies...

À l'autre extrême, une tendance se dessine, à savoir que des universités deviennent proactives à outrance et appliquent un rationnel qui va dangereusement à l'encontre de la présomption d'innocence. Des histoires incroyables, voire d'horreur, circulent occasionnellement dans les médias à propos d'un tel jeune homme qui aura été accusé de viol, n'aura pas subi une procédure d'enquête juste et équitable pour finalement être reconnu « coupable » par l'institution elle-même, malgré l'accumulation d'éléments allant à l'encontre de ce jugement. Mais peu importe le résultat, l'université aura « agi »!

Pour un juste milieu

Cette espèce de puritanisme à l'extrême peut éventuellement être dommageable pour la cause, car il mine les efforts louables et légitimes de milliers de militantes et militants. Cet excès de zèle pourrait même avoir influencé, sinon biaisé, des études majeures sur le sujet. Selon l'une d'elles, près de 25 % des jeunes femmes universitaires seraient un jour ou l'autre victimes d'une agression sexuelle sur les campus américains. C'est énorme! Pourtant, lorsqu'on se penche sur la méthodologie utilisée, il y aurait peut-être lieu d'émettre des doutes. Aujourd'hui, cette recherche aux résultats qui frappent l'imaginaire est néanmoins souvent citée et utilisée pour soutenir des règlements contraignants, qui nuisent au vivre-ensemble. Ce genre de statistiques instaure aussi à la longue un climat de peur et de suspicion, sur les campus et dans la population.

Au Québec, il y a actuellement une étude provinciale qui se penche sur les cas de violences sexuelles à l'université (www.essimu.quebec). À l'UdeS, c'est la professeure Geneviève Paquette, travaillant sur ce sujet depuis plus de dix ans, qui s'occupe de recueillir les données. Avoir une idée aussi juste que possible de la prévalence des différentes formes de violences sexuelles sera assurément un outil très utile pour les prévenir. Il est cependant probable de croire, contrairement à l'étude américaine, que les taux liés aux différentes formes de violences ne seront pas plus hauts chez les universitaires que chez la population en général - et encore moins que chez des populations à risque comme les enfants, les personnes avec une déficience intellectuelle ou encore les filles issues de milieux socioéconomiques faibles. Néanmoins, il faut reconnaître que les 18-24 ans sont particulièrement à risques. En ce sens, si les actions prises par et pour ces jeunes femmes permettent de dénoncer ces gestes injustifiables, pour l'ensemble de la société, ce ne pourra qu'être positif.

Vincent Beaucher (@Vbeaucher)

Enseignant en éducation

Université de Sherbrooke et Université Bishop's 

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