• La Tribune > 
  • Opinions 
  • > Un nouveau départ dans les relations canado-américaines 

Un nouveau départ dans les relations canado-américaines

ANALYSE / Lors de l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, l'administration... (Archives, La Presse Canadienne)

Agrandir

Archives, La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / Lors de l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, l'administration Obama n'a pu s'empêcher d'exprimer sa satisfaction devant la fin du règne conservateur à Ottawa. Le premier ministre Harper et le président Obama n'avaient pas de vision commune sur plusieurs questions, dont celles touchant l'environnement et le changement climatique. L'insistance du gouvernement Harper pour une expansion du pipeline Keystone XL était graduellement devenue un irritant majeur. Après sept ans d'un examen méticuleux, Barack Obama a rejeté le projet, invoquant pour ce faire des préoccupations environnementales.

Devenu chef du parti libéral en avril 2013, Justin Trudeau a consacré une partie de son temps à renforcer ses liens avec l'administration Obama par l'entremise de l'ambassade américaine. Ce fut un investissement heureux. Il s'en est suivi le développement d'une relation étroite et cordiale avec Barack Obama. L'âge d'or que les relations canado-américaines avaient connu sous les tandems Mulroney-Reagan et Chrétien-Clinton, semble être de retour.

Dès leur première rencontre en novembre 2015, Barack Obama et Justin Trudeau ont constaté qu'ils partageaient de profondes similitudes dans leur vision du monde : adhésion aux valeurs libérales et progressistes, soutien à une diplomatie douce, et engagement à une approche multilatérale. En conséquence, l'administration américaine est heureuse de soutenir le gouvernement Trudeau dans son désir de redonner au Canada une place de choix sur la scène internationale comme médiateur et promoteur de la paix.

Aussi, d'entrée de jeu, les deux dirigeants ont vu une opportunité d'oeuvrer dans un esprit d'amitié et de coopération pour renforcer les liens remarquables qui unissent les États-Unis et le Canada. Le rétablissement de la relation spéciale canado-américaine redevenait à l'ordre du jour.

Cette chimie personnelle entre Obama et Trudeau est apparue dès leur première rencontre en novembre 2015. Aussi, Obama a non seulement alors invité Trudeau à effectuer une visite officielle à Washington, mais il l'a convié à un somptueux souper à la Maison-Blanche, une première depuis 1997 pour premier ministre canadien. Obama offrait ainsi au premier ministre canadien les plus grands honneurs.

Partant tous deux d'une conception réaliste de l'art de gouverner, Barack Obama et Justin Trudeau partagent aussi des agendas politiques similaires. Rejetant toute approche idéologique ou dogmatique, ils comprennent l'importante d'oeuvrer dans une approche multilatérale. D'entrée de jeu, les deux dirigeants ont découvert que le développement de leur relation personnelle pouvait aider à améliorer les relations canado-américaines.

La promesse libérale de retirer les chasseurs canadiens des opérations militaires contre ISIS aurait pu devenir un irritant. Washington avait déjà manifesté l'automne dernier une certaine inquiétude à ce sujet. Toutefois, le gouvernement Trudeau a su rapidement faire taire ses inquiétudes en assurant les alliées de la coalition que le Canada continuerait de jouer un rôle important dans les efforts pour vaincre ISIS. Plus encore, Trudeau a rehaussé la participation militaire du Canada en déployant 830 soldats sur le terrain pour participer à la formation de forces de sécurité locales, à la planification opérationnelle et la cueillette de renseignement. L'engagement du Canada va durer jusqu'en mars 2017, soit au-delà de la fin de la présidence de Barack Obama.

Cette concordance de pensée a été vérifiée dès le début du mandat du gouvernement Trudeau avec la conférence de Paris sur les changements climatiques. Par l'entremise de la ministre Catherine McKenna, le Canada a joué un rôle important pour assurer le succès de la conférence. L'administration Obama n'hésita pas à louanger le premier ministre Trudeau pour son leadership au plan environnemental.

Cette collaboration s'est ensuite poursuivie entre les deux pays. Roberta Jacobson, secrétaire d'État adjointe, note d'ailleurs que l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau a permis le développement d'une coopération canado-américaine extraordinaire sur les questions du changement climatique, de la réduction des gaz à effet de serre et du développement d'énergies propres. Le changement de ton est remarquable, alors que les deux administrations accordent la même priorité au dossier environnemental.

Ainsi, lors de leur récente rencontre, Obama et Trudeau ont annoncé l'adoption d'une approche continentale pour lutter contre le changement climatique en Arctique. Par exemple, ils se sont engagés à adopter une série de mesures pour protéger les zones marines sensibles, à fournir de l'énergie propre et renouvelable, comme l'éolienne et le solaire, aux collectivités éloignées, et finalement à établir une cartographie des routes maritimes en Arctique.

L'accord de 2006 sur le bois d'oeuvre va arriver à échéance dans six mois. L'administration Obama subit présentement des pressions des producteurs de bois américains qui accusent le Canada de subventionner injustement le bois canadien. Le règlement de ce différend est important pour le Canada. L'administration Obama s'est montrée ouverte à un nouvel arrangement.

En contrepartie, l'administration Obama demande au Canada de ratifier l'accord controversé sur Partenariat Trans-Pacifique. Pour Obama, le temps presse. L'accord doit être adopté par le congrès avant mai. L'échéancier des élections américaines rend ensuite son adoption impossible. Or, pour Obama, cet accord représente une partie importante de son héritage politique.

L'histoire démontre que lorsque la chimie est bonne entre un premier ministre canadien et un président américain, des résultats très positifs en ressortent. Cela fut le cas entre Roosevelt/King, Mulroney/Reagan et Chrétien/Clinton. Les relations entre Obama et Trudeau démontrent un alignement similaire. Sur l'environnement, le bois d'oeuvre et les questions de frontières des résultats tangibles sont possibles dans la prochaine année.

Gilles Vandal

professeur à la retraite

École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer