Bannir les sacs de plastique sera long

ÉDITORIAL / Le débat sur le bannissement ou le recyclage des sacs d'emplettes... (Archives, La Presse)

Agrandir

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le débat sur le bannissement ou le recyclage des sacs d'emplettes de plastique à usage unique occulte le problème de fond: le fait qu'une grande partie de ces sacs utilisés dans les commerces de détail ne sont ni triés ni recyclés et se retrouvent au dépotoir ou dans l'environnement.

Seulement 14 pour cent des sacs et des pellicules de plastique sont récupérés selon les données de Recyc-Québec pour 2012-2013.

Résultat: en plus de contribuer à la dégradation des paysages et des cours d'eau, ces sacs qui ne sont pas biodégradables sont parfois ingérés par les oiseaux marins, les tortues et même les poissons, ce qui est nocif, voire mortel pour ces espèces, en plus de contaminer la chaîne alimentaire.

Mais bannir les sacs d'emplettes en plastique, comme s'apprêtent à le faire les villes de Montréal et de Brossard, ne sera pas une mince affaire.

Il faut sensibiliser les commerçants et les consommateurs au problème qu'ils représentent, offrir une alternative, comme les sacs en tissu réutilisables, et contrer le discours de l'Association canadienne de l'industrie du plastique.

Celle-ci s'oppose au bannissement et soutient que les sacs ne représentent qu'un pour cent de tous les déchets au Québec et qu'une bonne partie est réutilisée comme sacs-poubelle.

Parallèlement, des entreprises spécialisées dans le tri des matières recyclables, dont Gaudreau de Victoriaville, un pionnier de la récupération, font valoir que contrairement à il y a quelques années, il y a maintenant un marché pour les sacs de plastique et qu'il est possible de les utiliser pour la fabrication de dalles écologiques.

La compagnie souligne d'ailleurs que les centres de tri peuvent obtenir entre 100 et 130 $ pour une tonne de sacs de plastique.

La Régie de récupération de l'Estrie n'a pas encore pris position dans ce débat, mais sa directrice générale, Taraneh Sepahsalari, juge que bannir les sacs de plastique serait une décision précipitée étant donné qu'il faudra trouver une alternative.

Les Québécois consomment encore un milliard de sacs de plastique par année, même si certaines chaînes comme Rona et la Société des alcools du Québec n'en utilisent plus et que les marchés d'alimentation imposent maintenant un tarif de 5 cents par sac.

Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique du déchet (FCQGED), rappelle que «si les sacs sont mis dans le bac, cela ne veut pas dire que c'est recyclé parce qu'un très grand nombre de sacs se retrouvent dans les poubelles et dans les lieux d'enfouissement».

Ce dernier ne nie pas que les sacs de plastique ont une certaine valeur de revente, mais rappelle que le marché est cyclique.

Au pays, moins d'une dizaine de villes interdisent les sacs de plastique, tandis qu'aux États-Unis 120 agglomérations l'ont fait, surtout en zones côtières.

La raison est toujours la même: une immense quantité de ces sacs sont jetés aux ordures, jonchent les rues des grandes villes ou partent au vent et se retrouvent dans la nature.

En outre, la production de sacs de plastique consomme du pétrole, de l'eau et émet des gaz à effet de serre.

On ne peut demander à l'industrie du sac de plastique de se faire hara-kiri ni obliger les commerçants et les consommateurs à changer leurs habitudes du jour au lendemain.

Mais il faudra agir et réglementer parce que malheureusement la réduction à la source, le réemploi et le recyclage ne semblent pas donner de résultat satisfaisant.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer