Un rattrapage à faire

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Après deux ans de compressions budgétaires dans le domaine de l'éducation, le gouvernement Couillard s'apprêterait à annoncer une augmentation de trois pour cent des budgets, ce qui malheureusement ne permettra pas de faire des miracles compte tenu de l'ampleur des besoins.

Écoles vétustes, coupes dans les services aux élèves en difficulté et universités au régime minceur (à l'exception bien sûr des salaires et des indemnités de départ des recteurs) : le monde de l'éducation a été mis à rude épreuve ces dernières années dans le cadre de l'atteinte du déficit zéro.

Une hausse de budget de trois pour cent serait certes une bonne nouvelle, alors que la croissance des dépenses en éducation avait été d'un maigre 0,2 pour cent en 2015-2016 et de 1,6 pour cent en 2014-2015.

Cela enverrait le message que le temps des coupes tous azimuts tire peut-être à sa fin.

Malheureusement, même avec trois pour cent de plus, on ne peut parler d'une réelle augmentation compte tenue de la croissance naturelle des coûts de système.

« C'est un peu plus élevé, mais ce n'est pas suffisant, on est encore en déficit (...). On a besoin de plus de services et on doit arrêter de saupoudrer des heures de ressources spécialisées de gauche à droite », fait valoir Benoit Houle, président du Syndicat de l'enseignement de l'Estrie.

Même son de cloche chez Gilles Normand, président de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), qui juge qu'une hausse de trois pour cent couvrirait à peine l'augmentation annuelle des dépenses et les hausses de salaire de neuf pour cent sur cinq ans consenties aux employés du secteur public.

On est donc loin du rattrapage.

La CSRS, par exemple, a subi des coupes budgétaires de 11,3 millions $ depuis cinq ans et doit composer avec de nouvelles compressions de 1,2 million $ en 2016-2017.

« Si on nous donne de l'argent, on ne veut pas que ce soit ciblé, on veut pouvoir l'appliquer sur notre plan de redressement pour ne pas devoir faire des coupes d'un côté et des ajouts de l'autre; on veut faire nos choix pour la réussite des élèves », livre Gilles Normand.

La Centrale des syndicats du Québec réclame une augmentation des dépenses en éducation d'au moins 4,7 pour cent, ce qui est utopique dans le contexte économique actuel et en raison de la philosophie du gouvernement Couillard.

Il n'empêche qu'à la suite de compressions d'un milliard $ depuis 2010-2011, selon la Fédération des commissions scolaires du Québec, le réseau scolaire a besoin d'un plan de réinvestissement digne de ce nom.

Tout comme celui des universités, pourtant essentielles pour l'innovation et le développement économique, qui a subi des compressions récurrentes de 300 millions $ par année.

Ironiquement, le gouvernement Couillard a toujours affirmé que l'éducation était sa priorité, mais ses décisions ont été dans le sens contraire jusqu'ici.

Il a maintenu le cap malgré les appels à l'aide des directions d'école, le mouvement « Je protège mon école publique », le taux alarmant de décrochage scolaire (15 pour cent), le taux d'analphabétisme (19 pour cent chez les 16 à 65 ans selon l'OCDE) et l'impact des compressions sur les élèves en difficulté.

Même le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU a blâmé le Québec (et le Canada) pour sa piètre performance en matière de droits, dont celui à l'éducation.

Aujourd'hui l'étendue des dommages est telle et qu'il faudra probablement des années pour redonner au système d'éducation les moyens nécessaires pour mener à bien sa mission.

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