Un aveu d'impuissance?

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La stratégie du gouvernement Couillard est difficile à suivre dans le dossier de Uber, ce service de covoiturage urbain illégal.

Après avoir accepté de discuter avec ces hors-la-loi en commission parlementaire, le ministre des Transports, Jacques Daoust, envisage maintenant de racheter des permis de taxis pour les louer aux chauffeurs de cette entreprise, ce qui ressemble à un aveu d'impuissance.

D'abord, pourquoi traiter avec Uber, qui refuse de respecter les lois?

Ensuite, pourquoi les contribuables québécois devraient-ils payer pour des permis privés d'une valeur de 150 000 $ à 200 000 $, qui seraient ensuite loués à une multinationale milliardaire qui rejette toute contrainte réglementaire?

Dès le début de cette saga, le gouvernement du Québec aurait dû appliquer la loi et sanctionner cette entreprise qui livre une concurrence déloyale aux chauffeurs de taxi puisqu'elle fonctionne sans encadrement légal ni permis et a des pratiques fiscales qui sont pour le moins nébuleuses.

Du reste, il est assez inconcevable que l'on ait invité Uber en commission parlementaire « sur le transport rémunéré de personnes par automobile », en février dernier, alors que le ministre des Transports, Jacques Daoust, reconnaissait lui-même que l'entreprise est dans l'illégalité.

M. Daoust aurait dû avoir la décence de poser comme condition que la compagnie suspende ses activités le temps de sa participation à cette commission.

Le directeur général d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, a même eu le culot à cette occasion de dire que son entreprise allait continuer à offrir son service, même illégalement, tout en étant évasif sur les revenus de celle-ci et ceux de ses chauffeurs.

La stratégie d'Uber est la même partout : amadouer les gouvernements des pays où elle s'implante en présentant son service comme étant à la fine pointe de la technologie et de la nouvelle économie du « partage ». Mais quel partage?

Dans les faits, la compagnie semble considérer les lois et les règlements comme des embûches à la liberté entrepreneuriale individuelle - et surtout à ses profits - quitte à envoyer au chômage les chauffeurs de taxi qui doivent acheter leurs permis, avoir une assurance commerciale, faire inspecter leur voiture deux fois l'an, en plus de payer taxes et impôts.

La présence d'Uber à Montréal et à Québec depuis un peu plus d'un an a semé la pagaille dans l'industrie du taxi et créé un climat de confrontation dans les rues, obligeant le Bureau du taxi de Montréal à multiplier les saisies des véhicules dont les chauffeurs utilisent l'application mobile UberX.

Les vrais chauffeurs de taxi, qui travaillent de longues heures pour joindre les deux bouts, ont vu leurs revenus diminuer, tout comme la valeur de leurs permis.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec semble incapable de mettre ses culottes et préfère louvoyer, comme si Uber avait une quelconque forme de respectabilité.

Il est vrai que cette compagnie offre un service rapide et moins coûteux que le taxi traditionnel, ce qui est facile lorsque l'on n'a aucune règle.

Mais rien n'explique la mollesse gouvernementale.

L'industrie traditionnelle n'a pas toujours été blanche comme neige et n'a pas toujours offert un service adéquat.

L'arrivée d'Uber lui aura au moins permis de réaliser l'urgence de revoir la qualité de son service et son fonctionnement, qu'il s'agisse d'offrir des applications pour commander une voiture, la géolocalisation et le paiement électronique, comme cela se fait déjà chez Taxi Diamond, à Montréal.

Toutefois, la mascarade a assez duré.

Québec doit tout simplement stopper les activités d'Uber, au moins jusqu'à l'adoption de son projet de loi général sur le taxi, attendu pour avril.

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