Ce mot qui fait (encore) peur

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La controverse des derniers jours au sujet de l'adhésion au féminisme de la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, témoigne d'un certain malaise qui entoure encore ce mot et, surtout, ce mouvement qui, pourtant, est plus nécessaire que jamais.

À l'âge du néolibéralisme et de l'individualisme, l'adhésion à un mouvement collectif de défense des droits, que ce soit ceux des femmes, des homosexuels, des personnes démunies ou des étudiants, est parfois mal perçue ou jugée tout simplement dépassée.

Même la ministre Thériault, bien qu'elle se dise plus égalitaire que féministe, semble prôner une approche individuelle selon laquelle il appartient à chacune de faire sa place, selon ses propres choix, même dans un système à la limite inéquitable.

Est-ce pour cette raison qu'elle ne s'est pas présentée au Sommet des femmes à Montréal il y a quelques jours?

Incapable de nommer une féministe qui l'aurait inspirée, Mme Thériaut n'a visiblement pas le sens de l'histoire.

Elle semble à tout le moins ne pas tenir compte du combat des femmes à travers les décennies, que ce soit pour le droit de vote - obtenu en 1940 au Québec -, l'accès au marché du travail, l'équité salariale, les congés de maternité ou la lutte contre l'exploitation sexuelle.

Il est vrai que de nombreuses femmes ont fait leur marque dans des domaines aussi variés que les affaires, l'industrie, les arts, la politique ou dans le monde académique et ne le doivent qu'à elles-mêmes.

Vrai également que la condition féminine a fait des pas de géants depuis les années 60.

Toutefois le discours voulant que les femmes qui ont « réussi » l'ont fait parce qu'elles avaient confiance en elles et ont su s'imposer dans un monde d'hommes grâce à leur seule détermination fait fausse route.

Oui, elles doivent servir d'inspiration, mais cela ne change rien au fait qu'un grand nombre de femmes vivent encore dans la précarité, reçoivent un salaire moindre que les hommes pour un même travail, même chez les professionnelles et les universitaires, et écopent plus que les hommes des compressions dans les services gouvernementaux, notamment dans les CPE.

À cela s'ajoutent le retour des publicités machistes, qui présentent une image dégradante des femmes, la sexualisation à outrance des adolescentes et la prostitution juvénile.

Ailleurs dans le monde, les femmes sont victimes d'injustice et d'oppression, que l'on pense à l'esclavage sexuel, à la prostitution de fillettes de 12 ans à peine ou au sort de celles qui servent de « trophées » de guerre.

Il y a un devoir de solidarité, non seulement entre les femmes, mais aussi entre les femmes et les hommes.

Il y aura toujours des féministes radicales, comme il y a des extrémistes de la gauche ou de la droite, qui vont déranger.

Mais le mouvement féministe n'a rien de dépassé ou de ringard, même s'il n'occupe plus le devant de la scène comme dans les années 70.

Du reste, l'égalité et la justice sociale passent par l'égalité des sexes.

Même s'il fait encore peur, le « féminisme » a même plus que jamais sa place dans le discours politique.

Il ne cherche pas à victimiser les femmes, à dénigrer les hommes ou à imposer des quotas, il témoigne simplement de la lutte des femmes pour le respect et l'égalité dans tous les domaines de leur existence.

Et, aux dernières nouvelles, il y a encore des progrès importants à faire.

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