Recul dramatique des droits

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Tortures, crimes de guerre, détention arbitraire, irrespect des peuples autochtones et insécurité alimentaire : plus que jamais en 2016, les États doivent se ressaisir devant l'érosion des droits de la personne et renforcer leur appui aux organismes qui les défendent.

Ce coup de semonce, c'est celui d'Amnistie internationale (AI) dans son rapport annuel 2015-2016, Vos droits sont en danger.

L'organisme estime que 70 années de lutte et de mobilisation pour les droits de la personne dans le monde sont en danger en raison de l'irrespect du droit international par de nombreux États et de leur travail de sape auprès des institutions censées protéger les citoyens. Rien de moins.

Il y a toujours eu des pays qui bafouent les droits fondamentaux ou qui disent les respecter, mais qui ne le font pas.

Or, depuis quelques années, observe AI, de plus en plus de gouvernements ne reconnaissent tout simplement plus les organismes et institutions créés pour protéger les droits de la personne, notamment ceux de l'ONU.

Ou encore, ces gouvernements les accusent commodément d'être partiaux et continuent de perpétrer des crimes graves comme la torture, la disparition ou la répression des groupes ethno-religieux.

Le conflit syrien en est l'exemple le plus spectaculaire et le plus horrible, alors que le gouvernement de Bachar el-Assad et les groupes rebelles sont plongés dans un conflit sans fin qui a fait plus de 270 000 morts depuis 2011 et 12 millions de déplacés, dont 4 millions à l'extérieur du pays.

Mais plusieurs autres pays bafouent aussi quotidiennement les droits fondamentaux en quasi-impunité, parfois grâce à la complaisance de leurs partenaires commerciaux occidentaux comme le Canada, les États-Unis ou la France.

Ainsi, l'Arabie saoudite, qui détient le blogueur Raïf Badawi, fait une application très stricte de la charia et réprime sévèrement ceux et celles qui osent demander des réformes ou critiquer les autorités.

De plus, ce pays est responsable de crimes de guerre au Yémen, où il bombarde les populations civiles, et empêche la tenue d'une enquête des Nations unies.

Autre exemple, le Mexique, partenaire du Canada dans l'Accord de libre-échange nord-américain, affiche un bilan qu'AI qualifie de « catastrophique » avec 27 000 disparus et le recours généralisé à la torture, alors que son gouvernement rejette toute critique de l'ONU.

D'autre part, AI salue la décision du Canada de mener une enquête publique sur les quelque 1200 femmes autochtones assassinées ou disparues depuis 1980 et l'accueil de 25 000 réfugiés syriens.

En revanche, AI, le Front d'action populaire en réaménagement urbain et la Ligue des droits et libertés ont dénoncé devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l'ONU l'impact des mesures d'austérité sur les droits sociaux, le problème de l'itinérance et du logement, de même que la violation des droits des autochtones « relatifs au territoire et aux ressources ».

La situation varie énormément selon les pays, mais les droits fondamentaux ne sont pas acquis et leur érosion peut se faire de façon sournoise et à différents degrés au nom de principes comme la sécurité de l'État, la lutte au terrorisme ou l'assainissement des finances publiques.

Le rapport accablant d'AI pour 2015-2016 doit servir à éveiller les consciences, particulièrement dans les pays démocratiques qui ont un devoir de vigilance et la responsabilité de dénoncer les pays fautifs et, s'il le faut, de reconsidérer leurs contrats commerciaux avec ceux-ci.

On ne peut prêcher la vertu, comme le fait le Canada, et vendre en même temps des véhicules militaires à l'Arabie saoudite.

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