Bombardier en péril

Éditorial / Le sauvetage de Bombardier et de son nouvel avion de la C Series... (Archives La Presse Canadienne)

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / Le sauvetage de Bombardier et de son nouvel avion de la C Series soulève bien des questions.

Vendredi, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a rencontré la direction de l'entreprise et Pierre Karl Péladeau, chef du Parti Québécois, en fera autant aujourd'hui. Les deux réclament la réouverture de l'entente conclue par le gouvernement Couillard prévoyant l'injection de 1,3 milliard pour faire décoller le nouvel appareil.

Les deux chefs de l'opposition ont même tenu une conférence de presse conjointe pour dénoncer l'amateurisme du premier ministre Philippe Couillard dans ses négociations avec Bombardier. Ils ont aussi eu beau jeu d'attaquer sa décision d'abandonner les procédures judiciaires contre Air Canada en échange de l'achat d'une quarantaine d'appareils de la C Series. En retour, le gouvernement largue les 1800 travailleurs qui s'occupaient de l'entretien des avions du transporteur national à Montréal. C'est cher payé.

Nous avons eu droit à de grands effets de toge qui n'ont malheureusement rien apporté au débat. Pierre Karl Péladeau a qualifié Philippe Couillard de « Capitaine Bonhomme » à la tête d'une équipe de négociateurs « pee-wee ». François Legault a pour sa part ridiculisé l'idée de se retrouver avec Philippe Couillard et Justin Trudeau aux commandes de l'entreprise advenant l'implication souhaitée du fédéral.

Cet exemple démontre malheureusement que les relations d'affaires ne font pas bon ménage avec la politique. Quand chacun tire la couverte de son côté, l'intérêt national est rarement bien servi. Dans le cas présent, l'intervention de l'État est devenue essentielle. Bombardier et le secteur de l'aéronautique constituent un rouage essentiel de l'économie canadienne avec 180 000 emplois et un apport de 29 milliards au produit intérieur brut (PIB). Bombardier fournit des emplois à 20 000 Canadiens et contribue à la hauteur de 8,3 milliards au PIB.

Compte tenu de cette importance stratégique, Bombardier ne peut disparaître, trop grosse pour s'écraser. C'est pour cette raison que le gouvernement américain a soutenu les banques en 2008. Pour éviter la faillite des grands fabricants, c'est aussi pour cela qu'Ottawa a investi 10 milliards dans l'industrie automobile en 2009. Si près de toucher au but avec la C Series, Bombardier s'est donc tourné naturellement vers Québec et Ottawa. L'obligation de la soutenir ne fait aucun doute.

Bombardier fait aujourd'hui appel à la « solidarité » des Québécois, tout en souhaitant plus de discrétion. Les prises de bec à l'Assemblée nationale, dit son directeur des relations publiques, sont utilisées par Boing et Airbus pour torpiller Bombardier. Celle-ci en fait sûrement autant afin de ravir une part de marché à ces géants. Du moment que l'aide de l'État est sollicitée, le dossier risque fort de se retrouver sur la place publique.

Fort de jugements précédents en sa faveur, le gouvernement Couillard a de la difficulté à justifier le largage des employés d'Aveos. Le premier ministre a raison d'affirmer que les jugements des tribunaux n'ont jamais créé d'emplois. Le raccourci est pourtant un peu mince. Plusieurs ont d'ailleurs souligné que la victoire appréhendée en Cour suprême aurait renforcé sa position de négociation devant le transporteur aérien.

Le fédéral précisera bientôt la nature de son engagement. Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu'il reste à savoir « comment ». Devant l'importance de l'enjeu pour la nation, la partisanerie devrait faire place à plus de transparence. On évitera peut-être ainsi que le sauvetage de Bombardier ne soit marchandé contre le passage du pipeline Énergie-Est au Québec.

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