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Réformes en santé: la vision utopique de Bernie Sanders

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Avec ses propositions utopiques, que cela soit en santé, en éducation ou sur le plan des infrastructures, le candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders fait rêver beaucoup d'Américains.

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Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / Depuis le début des primaires démocrates, Bernie Sanders martèle le même message : la société américaine est confrontée aujourd'hui à une augmentation telle de l'inégalité de la richesse que la classe moyenne est en train de disparaître. En conséquence, un pourcentage important d'Américains se voit réduit à la pauvreté. Or, pour Sanders, dans une société démocratique, il est du devoir moral du gouvernement d'assurer un niveau de vie décent à sa population.

Pour changer la donne, Bernie Sanders a axé sa campagne sur trois grands objectifs : garantir des soins de santé gratuits à tout le monde, assurer un accès gratuit à une formation de 1er cycle universitaire dans les collèges et universités publics, et mettre sur pied un vaste programme de reconstruction des infrastructures américaines.

Prenons le cas de l'assurance santé. Le président Obama a fait adopter un système de couverture de soins de santé similaire à celui de l'assurance médicament québécoise. Après avoir soutenu le programme d'Obamacare, Sanders trouve que ce programme ne répond pas à sa vision idéaliste de la santé comme un droit humain fondamental. Il propose donc de le mettre de côté et de le remplacer par un programme gouvernemental unique. Tout le monde serait couvert sans devoir payer de franchises.

Toutefois, Sanders n'explique pas comment il amènerait les Américains à abandonner leur modèle de santé reposant sur un système d'assurances privées pour adopter un système similaire à celui du Canada. Comment il les convaincrait d'adhérer à une « médecine socialiste » qui ferait augmenter la taille du gouvernement fédéral d'environ 40 %?

Pourtant, Bernie Sanders devrait en être conscient de la réticence des Américains à tout accroissement du rôle de l'État. Il a participé à la lutte de l'administration Obama contre les associations de médecins et des hôpitaux et contre les compagnies d'assurances. Il devrait savoir comment il est difficile de lutter contre ces groupes d'intérêt. En ce sens, les réformes en santé proposées par Sanders sont complètement utopiques.

En tenant compte du climat politique prévalant aux États-Unis, son programme de santé n'a aucune chance d'être adopté. Il échouerait non seulement parce qu'il est trop révolutionnaire pour la grande majorité des Américains, mais aussi pour des raisons fiscales et économiques.

Pour aider à financer ses réformes en santé, Sanders propose d'extraire 630 milliards de dollars à même le système. Ces économies sans précédent proviendraient d'une réduction de 10,6 % des montants versés aux médecins et de 9,4 % aux hôpitaux, aux fournisseurs de soins de santé à domicile et aux compagnies de médicaments. Sanders fait le pari qu'une meilleure gestion des soins permettrait de réduire les coûts.

De plus, Sanders propose de remplacer les 5000 dollars que les Américains paient en moyenne en assurances santé par un impôt individuel de 2,2 % et un une taxe supplémentaire de 6,2 % aux employeurs. Comme il manquerait encore 920 milliards de dollars, il propose aussi d'imposer davantage les individus gagnant plus de 250 000 dollars.

Alan Krueger de Princeton, Austan Goolsbee de l'Université Chicago, Christina Romer et Laura Tyson de l'Université de la Californie sont quatre anciens conseillers économiques dans l'administration Obama. Ces derniers ont examiné attentivement les propositions de Sanders pour ensuite les rejeter, parce que celles-ci reposaient sur une analyse économique trop rose. En tenant compte des effets économiques potentiels des nouvelles taxes imposées par le plan Sanders aux individus les plus nantis, ce comité d'économistes estime que le programme de santé de Sanders ferait augmenter les coûts annuels du programme américain de santé d'au minimum de trois trillions de dollars.

Les quatre économistes sont partis du postulat que les estimations économiques présentées par Sanders étaient correctes. Or, des perspectives moins roses rendraient la faisabilité du plan beaucoup moins réalisable.

Le plan de Sanders repose aussi sur une augmentation de revenus provenant d'une croissance de l'économie américaine de 5,3 % par an, d'un accroissement de plus de 22 000 dollars du revenu médian des Américains et d'un abaissement du taux de chômage à 3,8 %. Or, une telle croissance économique ne s'est pas produite depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Par ailleurs, le plan repose sur des hausses importantes de l'impôt des plus riches dont le taux maximum d'imposition fédérale passerait de 36 % à 52 %. De plus, les gains en capital et les revenus provenant de dividendes seraient imposés comme un revenu ordinaire. Si on considère les taxes locales et les taux d'imposition étatiques, on arrive à un taux maximal de 80 %.

Or, les quatre économistes notent que même les économistes favorables à des taxes plus élevées sur les plus riches considèrent que tout taux d'imposition supérieur à 73 % devient contre-productif. Dépassé ce niveau, les recettes diminuent, car les taux élevés découragent les individus de travailler ou d'investir.

Non seulement ses chiffres ne concordent pas, mais il est impossible, si jamais il était élu, qu'il puisse tenir ses promesses. En conséquence, les quatre économistes considèrent que le plan de Sanders repose sur de la pensée magique et que ses promesses compromettent la réputation du parti démocratique de vouloir toujours présenter de manière responsable des politiques sociales et économiques aux Américains.

Mais en attendant, avec ses propositions utopiques, que cela soit en santé, en éducation ou sur le plan des infrastructures, Sanders fait rêver beaucoup d'Américains.

Gilles Vandal est professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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