Lac-Mégantic, une ville en sursis

La catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013 de Lac-Mégantic avait été... (Archives, La Tribune)

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La catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013 de Lac-Mégantic avait été pressentie huit mois avant son triste avènement. Cette tragédie qui a coûté la vie à 47 personnes en plus de détruire près de la moitié du centre-ville de Lac-Mégantic avait pourtant fait l'objet de plusieurs avertissements préalables. Le 12 novembre 2012, les élus de la municipalité de Lac-Mégantic et ceux de la MRC avaient effectivement adressé une mise en garde écrite à la Montreal Maine & Atlantic ainsi qu'à deux ministres du gouvernement Harper, Denis Lebel, ministre des Transports, et Christian Paradis, lieutenant de Stephen Harper au Québec. Cette lettre accompagnée d'une résolution officielle de la municipalité déplorait le piètre état du tronçon de chemin de fer à l'entrée de la municipalité. La résolution précisait que le chemin de fer avait été endommagé par des pluies abondantes survenues en 2008, et que les travaux correctifs s'imposaient rapidement. (La Presse, 05 déc. 2013) (Réf. P.13). Plusieurs semaines après l'envoi de la résolution, la réparation effectuée par la MMA fut celle d'un ponceau fortement érodé. Pourtant de nombreuses autres anomalies avaient été identifiées par la MRC du Granit lors d'une inspection préalable. Il faut se rappeler que le rapport du Laboratoire d'ingénierie du BST (LP188/2013) démontre que des défauts dans la géométrie de la voie ferrée seraient un des trois facteurs en cause dans le déraillement du train MMA-002 du 6 juillet 2013 (Réf. P.19)

En juillet 2015, deux ans après cette triste tragédie, la Coalition des citoyens et des organismes engagés pour la sécurité ferroviaire (CCOESF) faisait appel à un consultant, M. Jacques Vandersleyen (expert ferroviaire reconnu par les médias) afin de venir constater l'état de cette voie ferrée à l'entrée de Lac-Mégantic. Les observations de M. Vandersleyen furent sans équivoque. Ce tronçon ferroviaire requiert de nombreux correctifs. Il serait complètement à refaire selon l'expert-conseil. Suite à ses révélations médiatisées, Vandersleyen est rapidement pris à partie par l'acquéreur de la MMA, la CMQR (Central Maine and Quebec Railway) qui le menace de poursuites ainsi que par l'Ordre des ingénieurs qui déclenche, en octobre 2015, une enquête sur l'homme pour pratique illégale de la profession d'ingénieur. Une rapide levée de boucliers de plusieurs groupes de citoyens du Québec force cependant la CMQR et l'Ordre des ingénieurs à battre en retraite. À la mi-octobre 2015, dans un geste de rapprochement, les dirigeants de la CMQR invitent les représentants de la Coalition à une rencontre privée à Lac-Mégantic. Le président John Giles y annonce une vague proposition de réparation de certaines parties de la voie ferrée au printemps 2016.

En attendant le retour du printemps, alors que l'on tente désespérément de reconstruire le centre-ville, encore trop de Méganticois tremblent toujours d'inquiétude et de peur, chaque jour et chaque nuit, au passage de 100 wagons-citernes en moyenne transportant chaque semaine du pétrole liquéfié, de l'acide sulfurique et du chlore sur des rails et des ponceaux en mauvais état en plein coeur de Lac-Mégantic.

Pour bien comprendre le piètre état de cette section de rail traversant Lac-Mégantic, il faut savoir qu'elle est actuellement classifiée à la limite inférieure soit une catégorie 1 (le plus bas niveau). Cela explique pourquoi Transport Canada y applique une restriction de vitesse maximale de 10 milles à l'heure. Pourtant en amont soit de Farnharm à Nantes et en aval de Frontenac à l'État du Maine, cette même voie a été restaurée par la CMQR et a été rehaussée à un niveau d'une catégorie no 2 permettant une vitesse maximale de 25 milles à l'heure. Après la catastrophe du 6 juillet 2013, faut-il croire que Lac-Mégantic et sa population ne méritent pas une voie ferrée en meilleur état et surtout plus sécuritaire?

Robert Bellefleur, porte-parole CCOESF

Lac-Mégantic

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