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ÉDITORIAL / Où vendra-t-on la marijuana quand elle sera légalisée? La question... (Archives La Tribune)

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Où vendra-t-on la marijuana quand elle sera légalisée? La question est lancée. Ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao a d'abord indiqué que ça ne l'intéressait pas et que le fédéral « s'arrange ». Il répliquait au premier ministre canadien, Justin Trudeau, qui affirmait que la vente du pot pourrait être confiée à une société d'État comme la SAQ.

Quelques heures plus tard, le ministre Leitao rectifiait le tir, admettant avoir réagi trop vite. Le débat est prématuré, reconnaissait-il. De fait, l'empressement risque même de faire dérailler un nécessaire exercice de réflexion.

Justin Trudeau s'en tire fort bien jusqu'ici. Après les 100 premiers jours de son gouvernement, il profite toujours d'une lune de miel avec l'électorat. Dans un dossier sensible comme la légalisation de la marijuana, il devra cependant apprendre à bien mesurer la portée de ses déclarations, surtout quand il s'agit d'un dossier partagé avec les provinces. En entrevue avec La Presse+, il mentionnait que « si les adultes peuvent acheter librement de la marijuana dans des centres comme la SAQ, les pushers n'auront plus la capacité d'en vendre... »

S'il a eu tort de spécifier la SAQ, Trudeau a pleinement raison pour le reste. L'idée première derrière la légalisation de la marijuana ou sa décriminalisation est justement de couper « l'herbe » sous le pied du crime organisé. Aujourd'hui, les groupes criminels comme la mafia, les Hells Angels ou les gangs de rue s'en mettent plein les poches avec le trafic de stupéfiants. Ils font des ravages importants chez les jeunes, laissés à leur merci. Il faut l'avouer, le travail des forces de l'ordre s'avère impuissant à lutter efficacement contre ce fléau. Aussi bien en légaliser le commerce dans ce cas.

Rien ne presse pourtant. En décembre, Justin Trudeau affirmait lui-même que le processus allait prendre d'un à deux ans. D'ici là, la marijuana demeure illégale. En début de semaine dernière, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a d'ailleurs senti le besoin de dissiper la confusion. Il a rappelé que « les lois existantes doivent être respectées jusqu'à ce qu'elles soient changées. »

C'est que la pression commence à monter. L'Association canadienne des policiers vient d'exhorter les différents gouvernements à ajuster leurs violons et à tenir le même discours. Pour leur part, les chefs de police s'inquiètent de la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue. Avec raison, les policiers craignent que la légalisation de la marijuana ne se répercute au volant. Le phénomène a d'ailleurs été constaté dans les États américains qui en autorisent maintenant la vente.

Les implications d'une légalisation sont multiples, ne serait-ce que sur le plan médical. Ottawa compte sur les recommandations d'un comité spécial pour l'éclairer. Les partisans du cannabis ont d'ailleurs vertement critiqué la nomination de l'ancien chef de police de Toronto Bill Blair, aujourd'hui député, à la tête de ce comité.

La légalisation de la marijuana mérite d'être scrutée à fond, le fédéral et le provincial se devant travailler de concert. Il serait sans doute judicieux d'examiner l'expérience du Colorado. Cet État a empoché 100 M$ depuis la légalisation du cannabis.

Le privé salive déjà. Le roi du cannabis en Colombie-Britannique, un homme au lourd passé criminel, promet d'ouvrir bientôt des magasins à Montréal et Québec. Est-ce vraiment une meilleure option que la SAQ? Pas de doute, la marijuana sera légalisée un jour ou l'autre. Aussi bien veiller à l'encadrer convenablement.

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