Une mauvaise idée

ÉDITORIAL / Devant la médiatisation des cinq cas de fugue de jeunes filles au... (Archives, La Presse)

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Devant la médiatisation des cinq cas de fugue de jeunes filles au Centre jeunesse de Laval et les craintes qu'elles tombent aux mains des gangs de rue, la pression est forte sur le gouvernement du Québec pour carrément verrouiller les portes de ces organismes.

Cette solution est certes attrayante et facile, mais elle ne s'attaque en rien aux causes de ces escapades et risque d'exacerber les tensions entre les éducateurs et les jeunes en périodes de crise.

La décision de la direction du Centre jeunesse de Laval de barrer les portes de son édifice le temps que les choses se calment, une mesure qui est révisée deux fois par jour, pour permettre aux jeunes qui doivent sortir de le faire, est compréhensible.

Elle réjouit évidemment les parents des jeunes fugueuses et répond probablement aux attentes d'une partie de la population.

Le problème des fugues n'est pas propre au Centre jeunesse de Laval, où la nomination d'un vérificateur indépendant par Québec permettra peut-être de découvrir s'il y a des failles dans l'encadrement des adolescents.

Un plan d'intervention est également prévu pour protéger les jeunes et lutter contre les proxénètes. Pourquoi n'y a-t-on pas pensé avant?

Mais l'idée « d'embarrer » les jeunes n'est pas une solution à long terme : on n'apprend pas à un adolescent à prendre ses responsabilités et à vivre en société en le gardant captif ou en le punissant parce qu'il a fugué.

Cela contredit la mission même des Centres jeunesse.

Celle-ci vise notamment à apprendre aux adolescents à « gérer » leurs émotions, leurs coups de tête et leur liberté.

De plus, barrer les portes pénaliserait la majorité des jeunes qui ne fuguent pas, ceux qui fréquentent par exemple l'école ou ont des activités à l'extérieur.

Évidemment, il y a toujours une part de risque, mais, à cet égard, la vision du directeur de la Protection de la jeunesse en Estrie, Alain Trudel, est éclairante.

« Il faut, dit-il, accompagner les jeunes et créer une relation de confiance avec eux, travailler avec les parents. La fugue est un symptôme de malaise et si nous n'intervenons pas sur ce malaise il va continuer à y avoir des fugues. Avant de fermer les portes il y a bien d'autres choses à faire ».

D'autre part, il existe une procédure - l'encadrement intensif - destinée aux jeunes qui présentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres. Il est de 30 jours et peut être renouvelé, mais ne peut dépasser 60 jours à moins d'avoir l'autorisation du tribunal.

Dans l'immédiat, certaines mesures doivent toutefois être envisagées, notamment un meilleur encadrement de l'utilisation des téléphones cellulaires puisque ceux-ci permettraient aux gangs de rue de recruter des adolescentes, comme le propose la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois.

Un autre aspect, qui relève celui-là de la loi et de la police : mieux cibler les proxénètes et leurs clients.

Il est assez hallucinant de constater que la « demande » pour des prostituées de 15 , 16 ou 17 ans est en croissance et que les proxénètes voient là un nouveau « marché » lucratif.

Le Parti québécois soutient que le rapport d'un comité pour lutter contre l'exploitation sexuelle des jeunes filles, qui devait mener à un plan d'action en décembre 2014, aurait été tabletté. Or, la ministre Charlebois soutient qu'il n'y a « aucun rapport ».

Pourrait-on avoir l'heure juste et agir?

D'autre part, faut-il rappeler que les directeurs des centres jeunesse tirent la sonnette d'alarme depuis un an et demi en raison de coupes budgétaires estimées à 20 M$?

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