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Le tableau La vieille église de Sherbrooke-Est par temps de neige, propriété de la fabrique de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, doit bientôt être vendu. OEuvre du maître Suzor-Côté, la pièce peinte en 1913 va possiblement quitter Sherbrooke et se retrouver dans le salon d'un riche collectionneur de Toronto ou de New York. C'est une véritable tragédie pour la communauté sherbrookoise.

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La préservation du patrimoine collectif n'a jamais été une grande préoccupation de la société québécoise. La plupart du temps, on attendra à la toute dernière minute pour lever le drapeau rouge afin de sauver une oeuvre d'art ou un bâtiment. À jouer les pompiers de la sorte, des pièces uniques échappent inévitablement à notre héritage culturel. Les récents exemples d'une toile de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté et de l'Îlot Tourigny à Magog ne sont que trop éloquents.

Le tableau La vieille église de Sherbrooke-Est par temps de neige, propriété de la fabrique de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, doit bientôt être vendu. OEuvre du maître Suzor-Côté, la pièce peinte en 1913 va possiblement quitter Sherbrooke et se retrouver dans le salon d'un riche collectionneur de Toronto ou de New York. C'est une véritable tragédie pour la communauté sherbrookoise.

Il est difficile de comprendre pourquoi la Ville de Sherbrooke a raté la chance de conserver cette pièce unique. Même si l'oeuvre ne correspondait pas à ses critères d'acquisition, son caractère exceptionnel aurait dû engendrer une démarche particulière. La vie est loin d'être un lac tranquille où des critères établis, même s'il en faut bien, peuvent répondre à toutes les situations. Il y aura toujours des cas qui sortent de l'ordinaire pour lesquels il faut savoir faire preuve d'audace et d'originalité. La toile de Suzor-Côté, un maître aussi grand que Borduas, Pellan et Riopel, valait bien qu'on remue ciel et terre pour la conserver.

La fabrique de la paroisse Saint-Jean-Baptiste ne peut être blâmée. Dans les circonstances, elle a fait ce qu'elle croyait possible pour acquitter ses factures. Comme dans tant d'autres paroisses, les revenus sont aujourd'hui insuffisants pour entretenir les églises. S'il y a un seul tort, c'est de ne pas avoir prévenu les médias plus tôt. Alertée, la population sherbrookoise aurait au moins eu la chance de réagir.

Autre exemple de cette détresse, la maison de l'Îlot Tourigny à Magog pourrait bientôt tomber sous le pic des démolisseurs. Québec juge que cette résidence, pourtant au coeur de l'histoire des Magogois, ne présente aucun intérêt national. C'est bien dommage, mais personne ne s'est manifesté pour la mettre en valeur au moment de son acquisition par la communauté. Les spécialistes de la sauvegarde des bâtiments patrimoniaux sont pourtant unanimes à ce sujet. Quand un édifice est laissé à l'abandon et qu'on tarde à lui trouver une nouvelle vocation ou des occupants, il tombe généralement en décrépitude.

Sherbrooke a cependant réussi des coups de maître. L'actuel hôtel de ville constitue un formidable exemple de préservation d'un bâtiment patrimonial. Sa rénovation a certes coûté cher, mais l'édifice fait aujourd'hui la fierté des Sherbrookois. À lui seul, il témoigne de la détermination d'une population à laisser sa marque dans le temps. Les musées des Beaux-arts et de la Nature en sont d'autres illustrations. On ne peut malheureusement en dire autant des manèges militaires, de l'ancienne prison Winter ou de l'édifice bancaire au coin King-Wellington.

On n'a que trop tardé à réfléchir à la protection du patrimoine, à commencer par son financement. Pourrait-on imposer un pourcentage sur les grands travaux publics comme on l'a fait pour la promotion des arts? Avant de mettre en chantier tout projet d'envergure, l'État ne devrait-il pas avoir l'obligation de trouver un nouvel usage aux bâtiments à déserter? On ne pourra certes tout sauver, mais les pièces sélectionnées auront ainsi au moins une chance de traverser le temps.

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