La Chine et les BRICS: de l'optimisme au réalisme!

La Chine, le gros joueur des cinq puissances... (Bloomberg)

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La Chine, le gros joueur des cinq puissances émergentes qu'on retrouve sous l'acronyme BRICS traverse sans aucun doute sur le plan économique sa période la plus tumultueuse des deux dernières décennies.

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Khalid Adnane
La Tribune

(SHERBROOKE) Chronique / La scène se passait en juillet 2015 à Shanghai, une dizaine de jours après le 7e Sommet annuel du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ces puissances émergentes inauguraient la Nouvelle banque de développement, une institution dotée d'un capital de réserve évalué à 100 milliards de dollars et devant représenter une alternative nouvelle aux institutions financières hégémoniques occidentales, comme le Fonds monétaire international (FMI).

Ce moment d'euphorie était pleinement justifié. Il témoignait de la fulgurante ascension économique de ces pays depuis les deux dernières décennies. Il venait aussi conforter les analystes qui prédisaient leur hégémonie imminente, notamment par rapport aux puissances occidentales établies, comme les États-Unis ou l'Union européenne.

En effet, les BRICS occupent une place de plus en plus prépondérante sur l'échiquier économique international. À titre d'exemple, depuis 1993, leur part de la richesse mondiale a presque doublé, passant de 15 à 28 %, alors que celle des pays du G7 passait de 51 à 37 %. Pendant la même période, les États-Unis ont vu leur part régresser (de 23 à 18 %) alors que celle de l'Inde a doublé (de 3 à 6 %) et celle de la Chine a plus que triplé (de 5 à 16 %). Enfin, durant les dernières années, le Brésil s'est hissé à la 7e place dans le classement économique mondial, pendant que la Chine a accaparé le deuxième rang, tout juste derrière les États-Unis (Source : FMI 2015).

Mais s'il y a quelque chose que les dernières années, et particulièrement l'année qui vient de s'achever, ont démontré, c'est que derrière cette spectaculaire ascension et l'euphorie qui l'accompagnait, se cachaient quelques faiblesses, souvent plus structurelles que conjoncturelles, et surtout, propres à chaque pays (à part l'Afrique du Sud, un joueur relativement marginal du groupe).

Pétrole russe

Dans le cas de la Russie, sans sous-estimer le conflit avec l'Ukraine et les sanctions économiques des pays occidentaux qui y sont associés, c'est la chute dramatique du prix du pétrole qui a démontré de façon éloquente la fragilité de son économie. À l'image de certains pays monoproducteurs du Sud, elle était devenue tellement dépendante d'une seule ressource que les combustibles représentent à présent plus de 63 % de l'ensemble de ses exportations de marchandises (Source : OMC 2015).  

Du côté de l'Inde, les infrastructures notamment en matière énergétique (comme l'électricité) ne réussissent pas à suivre le rythme du développement économique. D'ailleurs, malgré les avancées des dernières années, le pays reste confiné au secteur des services et sa part des exportations mondiales de marchandises demeure très faible : à peine 1,69 %, comparativement à 7,93 % pour l'Allemagne et à 12,33 % pour la Chine (Source : OMC 2015).

Quant au Brésil, en plus d'être en récession (laquelle risque de se prolonger), il est aux prises avec des tensions sociales, sa classe politique est éclaboussée par de graves scandales de corruption et sa cote de crédit est en dégringolade, comme en témoignent les taux d'intérêt exigés sur ses obligations par les investisseurs. Si bien que le magazine britannique The Economist, dans sa dernière livraison, prévoit que cette décennie sera qualifiée littéralement de « décennie perdue » pour la 7e économie mondiale si la tendance de morosité économique qui assaille le pays devait se maintenir.

Le gros joueur

Enfin, la Chine, le gros joueur du groupe, traverse sans aucun doute, sur le plan économique, sa période la plus tumultueuse des deux dernières décennies. Habitué à des taux de croissance économique dans la dizaine et à un marché mondial qui représente une sorte de déversoir pour ses produits, le pays doit réduire sa dépendance envers les marchés extérieurs et développer son propre marché intérieur. Il doit aussi apprendre à vivre avec des niveaux de croissance plus modestes et surtout, apprivoiser les côtés sombres du capitalisme financier.

Les turbulences boursières que le pays a vécues l'été dernier et qui ont repris de plus belle depuis quelques jours, forçant même la suspension des opérations dans ses principales places boursières, sont assez significatives à cet égard.

En ce sens, la prudence est de mise lorsqu'il s'agit de faire des prévisions sur de longues périodes. Cet exercice est rendu d'autant plus hasardeux aujourd'hui, car le paysage économique, dans un marché mondialisé très interconnecté et de plus en plus interdépendant, peut varier très rapidement.

Si en politique l'adage veut que « six mois soit une éternité », imaginez donc en économie!

Khalid Adnane est économiste à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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