Des mesures vouées à l'échec

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Il y a trois ans, le président américain Barack Obama voulait faire du contrôle des armes à feu un élément central de son second mandat. Sans succès jusqu'ici.

Mais mardi, après une année ponctuée par de nouvelles tueries, il a dû défier un Congrès réfractaire à l'adoption de lois plus sévères en décrétant une série de mesures pour mieux encadrer la vente d'armes.

Ces dispositions, très timides, comportent notamment l'obligation pour les vendeurs occasionnels de vérifier les antécédents judiciaires des acheteurs, un renforcement de la base de données du FBI et 230 nouveaux agents.

On n'y retrouve toutefois rien sur l'interdiction des armes d'assaut et les chargeurs à haute capacité fréquemment utilisés dans les tueries de masse comme celle de San Bernardino, en Californie, qui a fait 14 morts et 17 blessés en décembre dernier.

Malgré leur portée presque symbolique, puisqu'ils n'ont pas force de loi, ces décrets aussitôt été dénoncés par les républicains, majoritaires au Congrès, qui y voient une atteinte aux droits constitutionnels, dont le deuxième amendement qui garantit aux individus le droit de porter une arme.

Les principaux candidats républicains en lice pour les primaires ont d'ailleurs promis de les annuler s'ils sont élus à la Maison-Blanche.

Bref, le lobby des armes à feu de la National Rifle Association et ses alliés républicains maintiennent le même discours obtus et détournent une fois de plus le débat sur les droits des propriétaires d'armes plutôt que sur la sécurité du public.

Et cela alors que les États-Unis recensent 30 000 morts par année en raison des armes à feu! De plus, on y dénombre pas moins de 350 millions d'armes à feu en circulation, alors que la population y est de 321 millions de personnes!

La vente d'armes y est certes réglementée et les commerçants doivent procéder à la vérification des antécédents de leurs clients. Mais le commerce d'armes par internet et dans les foires permet à des individus de s'en procurer sans vérification de sécurité, sans compter les armes vendues sur le marché noir.

L'industrie des armes est très puissante aux États-Unis, où elle est bien appuyée par le discours des lobbys pro-arme.

Or quelle est l'utilité des armes d'assaut et des chargeurs de grande capacité dans une société démocratique? En quoi leur bannissement viendrait-il brimer le droit des individus à posséder une arme de chasse ou même un revolver?

L'obsession des défenseurs des armes à feu à faire valoir le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis repose sur des motifs archaïques.

Ce fameux amendement avait été adopté à l'époque des pionniers alors que les États-Unis n'avaient ni force policière ni armée digne de ce nom pour se défendre et que les armes d'assaut n'existaient pas.

En 2015, il est inadmissible que des individus puissent se balader librement et publiquement avec des armes, parfois de gros calibre, ce qui contribue à un climat de peur, de suspicion et multiplie les risques d'altercations et de meurtres.

Malheureusement, même si 55 pour cent des Américains souhaitent un meilleur contrôle des armes à feu, les changements administratifs que propose M. Obama risquent fort de passer à la trappe si son successeur à la Maison-Blanche est un républicain.

Il faut respecter les détenteurs d'armes respectueux des lois, comme les chasseurs et les agriculteurs.

Mais des mesures sévères s'imposent pour faire baisser la violence et la criminalité dans un pays où les tueries sont pratiquement devenues une routine, une tragédie nationale.

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