Marchandisation des terres agricoles

ÉDITORIAL / Le phénomène de l'accaparement des terres agricoles par des groupes... (Archives, La Tribune)

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le phénomène de l'accaparement des terres agricoles par des groupes financiers dans le monde n'est pas nouveau, mais il est désormais jumelé à un attrait croissant pour les terres situées dans des pays du Nord, dont le Québec, susceptibles d'être moins affectés par les changements climatiques.

Tel est le constat inquiétant que fait la Fondation David Suzuki dans son rapport « Changements climatiques : les terres agricoles du Québec convoitées », selon lequel le Québec pourrait voir son agriculture lui échapper au profit de grands groupes financiers désireux de spéculer sur la valeur future des terres pour les revendre au plus offrant.

Ou pour transformer celles-ci en monocultures pour l'exportation.

Dans les deux cas, le modèle agricole québécois actuel basé sur la ferme familiale, l'occupation du territoire et la variété des produits du terroir serait mis à mal.

Selon la fondation David Suzuki, « ce phénomène d'accaparement pourrait menacer la souveraineté alimentaire du Québec ». Rien de moins.

L'Union des producteurs agricoles (UPA) prend évidemment ce problème très au sérieux.

Selon elle, depuis 2009-2010, les 15 sociétés les plus actives sur le marché auraient acquis plus de 27 000 hectares de terres agricoles dans la province, pour un total de 121 millions $. Une ferme moyenne fait 100 hectares.

L'UPA affirme que la forte appréciation de la valeur des terres agricoles (27 pour cent en 2014 selon la Financière agricole) et les moyens disproportionnés dont disposent les groupes financiers empêchent les jeunes de la relève d'acquérir une terre, bloquent les projets de consolidation et entraînent des hausses de taxes foncières importantes pour les producteurs déjà établis.

Les impacts de la marchandisation des terres agricoles sont multiples, de plus en plus d'agriculteurs risquent de passer du statut d'entrepreneurs à celui de salariés, les fermes de petites et moyennes tailles pourraient être marginalisées au profit de très grandes exploitations spécialisées en monoculture pour l'exportation et au détriment d'une agriculture nourricière pour les Québécois.

Alors que 84 pour cent des entreprises agricoles de la province sont familiales, une diminution du nombre de fermes aurait également un impact direct sur la vitalité des villages et l'occupation du territoire.

Le gouvernement du Québec a tenu le printemps dernier une commission sur le phénomène de l'accaparement des terres agricoles et s'apprêterait à ouvrir un registre des acquisitions pour mieux comprendre le phénomène.

Mais il a refusé la proposition de l'UPA de limiter à 100 hectares la superficie que toute personne ou entreprise peut acquérir par année pour une période de trois ans à des fins autres que le transfert intergénérationnel. Pourquoi?

La Fondation David Suzuki suggère pour sa part que le gouvernement du Québec crée une société d'aménagement et de développement agricole qui aurait préséance sur tout acheteur qui ne serait pas un nouvel agriculteur exploitant afin d'administrer temporairement les actifs agricoles, le temps de les transférer à des agriculteurs.

Le gouvernement Couillard doit en principe déposer le rapport de la commission au début de 2016.

Souhaitons qu'il tienne compte du fait que l'agriculture et le secteur de la transformation représentent 200 000 emplois et une contribution de 17 milliards $ au Produit intérieur brut de la province, en plus d'assurer la vitalité des régions.

Avons-nous les moyens de laisser la spéculation prendre le pas sur la diversité et sur le rôle économique majeur de l'agriculture?

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