Les Américaines accèdent aux postes de combat

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Dorénavant, toutes les positions de combat militaire sont ouvertes aux femmes dans l'armée américaine.

Stacy L. Pearsall via The New York Times

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Gilles Vandal
La Tribune

(SHERBROOKE) ANALYSE / Au début du mois de décembre, le secrétaire à la défense des États-Unis, Ashton Carter, annonçait que dorénavant toutes les positions de combat militaires seraient ouvertes aux femmes. Cette décision donne aux femmes un accès à quelque 220 000 emplois militaires qui étaient précédemment limités aux hommes. Ces postes se retrouvent dans l'infanterie, dans les blindés, dans les unités de reconnaissance et dans les unités d'élite des forces spéciales.

Avec cette décision historique, les femmes servant dans l'armée américaine seront autorisées, une fois qu'elles auront complété leur entraînement avec succès, à conduire des chars, à faire feu avec des mortiers et à joindre les unités d'infanterie. Elles pourront même servir dans les unités d'élite telles que les Rangers, les Bérets verts, les Navy Seals et la Delta Force, unités qui étaient auparavant réservées exclusivement aux hommes.

Carter justifia la décision de l'administration par le fait que l'armée américaine ne pouvait plus se permettre d'exclure la moitié de la population des emplois militaires. Par conséquent, tout individu, homme ou femme, qui répond aux normes devrait avoir le droit de servir là où il le désire. L'armée doit implanter en janvier 2016 ce changement historique.

Les femmes servant dans l'armée américaine se plaignaient depuis fort longtemps des restrictions les empêchant de tenir officiellement des postes de combat, alors qu'elles se trouvaient dans des zones de guerre. Ces restrictions, ne reconnaissant pas leur contribution réelle, représentaient un handicap important pour l'avancement de leur carrière.

Exemption demandée

Lors des consultations conduites par Carter sur ce sujet, le Corps de Marines a demandé une exemption. Par ailleurs, le général Joseph Dunford, le président de l'état-major interarmes, a exprimé vigoureusement son opposition à ce changement de politique. Mais en dépit de ces objections, Ashton Carter décida d'aller de l'avant et de n'accorder aucune exemption. Le général Dunford a assuré le secrétaire qu'il allait faire en sorte que sa décision soit correctement mise en oeuvre.

Cette annonce de l'administration Obama s'inscrit dans une série de mesures visant à rendre les forces américaines plus inclusives. Cette tradition a débuté en 1948, alors que le président Truman mettait fin à la ségrégation raciale au sein des forces armées. Elle fut suivie par la décision de Barack Obama en 2011 d'intégrer à part entière les gais et lesbiennes.

En 2015, comme en 1948 et en 2011, les adversaires d'une politique plus inclusive recouraient aux mêmes arguments. Ils faisaient valoir qu'une telle inclusion allait affaiblir la combativité des forces armées américaines. Certains hauts officiers de l'armée ont exprimé leur inquiétude au sujet d'une intégration des femmes qu'ils jugent impraticable, surtout dans l'infanterie, à cause de la lourdeur de la tâche et des longues périodes de privation. En conséquence, ils affirment que des unités exclusivement masculines sont plus efficaces dans le combat et moins susceptibles d'être blessés que les groupes intégrés.

Pourtant, ce fut le contraire qui s'est produit lors de la guerre de Corée avec l'intégration raciale. Par ailleurs, plus personne aujourd'hui affirme que les forces armées américaines sont moins efficaces parce qu'elles ont intégré à part entière les homosexuels. Il n'y a donc pas de raison de penser que cela serait différent avec les femmes.

D'ailleurs, la décision fut prise uniquement après une expérience tenue à l'école de leadership du 75e régiment de Rangers au printemps et été 2015. 381 hommes et 19 femmes furent admis pour suivre un entraînement intensif de 62 jours. Les participants étaient contraints à survivre dans les bois, marécages et montagnes avec le minimum de nourriture et disposant de peu de sommeil. 94 hommes et deux femmes réussirent à surmonter la faim, la fatigue, et le stress pour obtenir leur diplôme.

Toutefois, contrairement à leurs confrères masculins, les deux femmes diplômées de cette école d'élite ne pouvaient pas demander de devenir membres du 75e régiment de Rangers, une force d'élite au sein des opérations spéciales. Pourtant, ces dernières avaient suivi exactement le même entraînement que leurs confrères masculins. À la fin de l'entraînement, tous les participants partageaient le sentiment qu'ils étaient des Rangers, peu importe leur genre.

La décision révolutionnaire de l'administration Obama vient donc corriger une importante discrimination touchant les femmes. D'ailleurs, 14 autres pays dans le monde intègrent entièrement les femmes dans leurs unités de combat. Comme les guerres en Afghanistan et en Irak l'ont démontré, les femmes soldates sont confrontées régulièrement à des situations les obligeant à assumer des positions de combat. La seule différence, c'est que maintenant leur contribution sera reconnue à leur juste valeur.

Cette décision ne signifie pas cependant qu'on va assister du jour au lendemain à une répartition égale entre les deux sexes dans les postes de combat. C'est simplement une possibilité de plus qui est ouverte aux femmes. Dorénavant, pour avoir accès à un poste de combat, une femme n'aurait qu'à démontrer qu'elle est capable de répondre aux exigences du poste.

L'ironie touchant cette décision découle du fait que durant les années 1970, la forte opposition des milieux conservateurs à l'adoption d'un amendement constitutionnel garantissant l'égalité aux femmes venait justement de la crainte que les femmes soient ainsi appelées à servir comme combattantes.

Victoire importante

Cette décision représente une victoire importante pour les femmes américaines. Un dernier bastion contre l'égalité des femmes aux États-Unis vient de tomber. Il faut croire que si les Américains sont disposés, si on se fie aux sondages, à élire une première femme comme commandant en chef, pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas alors combattre au même titre que les hommes? L'administration Obama vient de répondre positivement à cette question.

Gilles Vandal, professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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