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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La décision de la Ville de Sherbrooke de majorer le compte de taxes de 4,7 pour cent en moyenne, en 2016, suscite évidemment beaucoup de questions et de mécontentement chez les contribuables propriétaires d'immeubles résidentiels.

Mais cela ne doit pas faire oublier que près de 20 pour cent de la population sherbrookoise vit dans la pauvreté et que le tiers des locataires consacrent plus de 30 pour cent de leurs revenus à se loger, selon les données les plus récentes (2011) de Statistique Canada.

Pire : 17,5 pour cent des ménages locataires versent plus de 50 pour cent de leur revenu pour le loyer et 7,2 pour cent défraient plus de 80 pour cent.

Dans ce contexte, ce sont donc des milliers de personnes qui vivent dans la précarité, qui doivent parfois habiter des logements trop petits ou mal entretenus et qui, au moindre imprévu, doivent rogner sur les dépenses pour des produits essentiels comme la nourriture, le transport et les médicaments.

Cette réalité, exposée par l'Association des locataires de Sherbrooke (ALS) lors de l'adoption du budget lundi soir, démontre que si les efforts demandés aux propriétaires d'immeubles résidentiels sont importants, la situation est pire pour un grand nombre de locataires pour qui une hausse de loyer, même minime, peut représenter un casse-tête budgétaire.

Dans son document Urgence en la demeure, l'association presse la Ville de Sherbrooke d'organiser un forum sur la pauvreté et ses conséquences et de mobiliser l'Union des municipalités du Québec et la Fédération canadienne des municipalités pour réclamer des investissements majeurs dans les programmes sociaux et les services publics, dont le logement social.

L'ALS veut également que Sherbrooke demande aux gouvernements supérieurs d'accorder aux villes d'autres sources de financement que les seuls impôts fonciers afin d'éviter que les hausses de taxes ne soient refilées indirectement aux locataires et les appauvrissent davantage.

Les inquiétudes de l'association sont fondées : aux problèmes de pauvreté s'ajoute la décision du gouvernement Couillard de réduire de moitié, de 3000 à 1500, le nombre de logements sociaux qui seront financés en 2015-2016 avec le programme Accès-Logis.

À l'Office municipal d'habitation de Sherbrooke, la directrice générale Dominique Raynauld dit qu'il est difficile d'évaluer l'impact de cette mesure pour le moment puisque les projets sont budgétés deux ans à l'avance.

Pour l'heure, l'OMH maintient son objectif de 100 unités par année et rappelle que Sherbrooke a bénéficié de 47 subventions pour le supplément au loyer dans le secteur locatif privé.

Le Regroupement des propriétaires d'habitations locataires fait valoir qu'avec un taux d'inoccupation de 5,8 pour cent, il vaut mieux offrir une aide directe aux locataires plutôt que de construire de nouveaux logements subventionnés.

Il a raison en partie. Car le privé ne peut répondre à tous les besoins, notamment les grandes familles, les personnes handicapées ou celles vivant des problèmes de santé mentale ou d'itinérance.

Le problème du logement demeure donc entier pour une bonne partie des ménages à faible revenu. Du reste, la liste d'attente à l'OMH est de 1000 ménages!

Selon Statistique Canada, plus de 4,5 millions de Canadiens vivent sous le seuil de la pauvreté, tandis que Banque alimentaire Canada rappelle que plus de 850 000 personnes, dont 305 000 enfants, ont eu recours aux banques alimentaires pour se nourrir en 2015.

Seul un réinvestissement majeur des gouvernements dans les programmes sociaux et le logement social permettra d'attaquer véritablement le problème de la pauvreté, qui ressemble de plus en plus à une tragédie nationale.

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