Madame la ministre, vous devriez avoir honte

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Francine Charbonneau

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La Tribune

Francine Charbonneau, ministre de la Famille,
Vous avez été élue, Madame, pour représenter et protéger les intérêts de vos concitoyens. De plus, on vous a octroyé le privilège de porter les préoccupations de la famille au sein du gouvernement du Québec.

Pour moi, la famille veut dire des parents et des enfants qui ont des besoins primaires à satisfaire, et d'autres besoins rattachés à leur développement personnel, éducatif et professionnel. Avec les actions que votre gouvernement est en train de mettre en oeuvre, et que vous semblez approuver, vous sabotez les efforts  de centaines de femmes qui se sont battues pendant des dizaines d'années pour  améliorer les conditions d'accès au marché du travail québécois. Oui, au cours des années 80 et 90, des groupes de femmes ont mené des batailles épiques pour obtenir des infrastructures capables de faciliter l'intégration des femmes au marché de l'emploi: des garderies bien organisées.

J'ai moi-même participé à ces batailles, par l'intermédiaire du Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT), parce que j'étais en mesure de constater au quotidien les difficultés des mères, et des pères, qui souhaitaient s'assumer et se réaliser par le travail, mais qui se butaient souvent à des obstacles importants pour faire garder leurs enfants.

En 1999, le Québec s'est lancé dans une aventure qui a fait des jaloux, dans le cadre de sa politique familiale «Un Québec fou de ses enfants». Avec l'arrivée des Centres de la petite enfance (CPE), nos enfants ont eu la chance d'être pris en charge par des personnes hautement qualifiées, capables de stimuler leurs apprentissages, en tenant compte de leurs stades de développement. De plus, les nombreuses femmes qui avaient choisi de s'occuper des enfants d'âge préscolaire ont eu la possibilité d'améliorer leurs conditions de travail et de se donner des outils de formation continue, sans parler de la possibilité de se préparer une retraite convenable.

Madame Charbonneau, les coupures que votre gouvernement est en train d'imposer vont détruire une grande partie de cette richesse collective que nous nous sommes donnée pour nos familles. Et ne me dites pas, comme on l'entend sur plusieurs tribunes, que vos décisions ne vont pas nuire à nos enfants. Si vous le croyez vraiment, c'est que vous êtes complètement déconnectée de la réalité ou carrément malhonnête.

Si vous avez détecté des problèmes de gestion dans certains CPE, trouvez des correctifs et donnez-vous les moyens de les appliquer, plutôt que de prendre des décisions qui risquent de nous ramener 30 ans en arrière, avec une majorité de garderies privées, où les travailleuses sont très souvent sous-payées, et où les taux de roulement sont nettement plus élevés, ce qui atténue la stabilité de la relation entre l'adulte responsable et l'enfant.

Madame Charbonneau, je suis profondément déçue et outrée de ce que vous et vos collègues êtes en train de faire. Vous vous attaquez au secteur des garderies et du milieu scolaire. Vous vous attaquez à l'essence même de la famille et de la société québécoise. Vous n'êtes pas digne de porter le statut de ministre de la Famille et vos collègues du cabinet des ministres non plus.

Si votre projet de société ne se résume qu'à réduire les bas de colonnes de chiffres, vous devriez avoir honte.

Denise Marquis

Autrefois directrice du Centre de recherche d'emploi de l'Estrie

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