Repenser le modèle économique du libre-échange

Le libre-échange est désormais à l'agenda public. Négociée dans le plus pur... (Archives La Presse)

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Le libre-échange est désormais à l'agenda public. Négociée dans le plus pur secret depuis 5 ans par le gouvernement Harper, l'entente de principe d'un Partenariat transpacifique (PTP), annoncée le 5 octobre dernier en pleine campagne électorale, a fait réagir tous les chefs de parti.

Celui qui allait être élu, Justin Trudeau a, pour sa part, promis « un débat public approfondi et ouvert [de] sorte que les Canadiennes et les Canadiens soient consultés », un engagement que devra concrétiser Chrystia Freeland, la nouvelle ministre du Commerce international. Toutefois, il est essentiel que les consultations soient publiques et structurées, qu'elles se tiennent partout au pays et qu'elles visent aussi l'Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l'Union européenne, négocié dans les mêmes conditions antidémocratiques. Le gouvernement doit s'engager à traiter sans partisanerie et avec honnêteté les recommandations émanant de la consultation, et accepter qu'elle puisse exiger la révision et la renégociation des accords. La population mérite mieux qu'une consultation de façade.

[...] Le modèle du libre-échange favorise un glissement du pouvoir des décideurs élus démocratiquement vers les acteurs économiques transnationaux. Les ALÉ imposent que l'État se confine à intervenir uniquement pour favoriser le laisser-faire tout en lui interdisant d'orienter l'activité économique et ses politiques sociales pour corriger les injustices du marché. [...]

Austérité et services publics

Les textes de l'AÉCG et du PTP confirment la libéralisation des services publics à tous les niveaux décisionnels. Ils ne sont protégés que s'ils ne sont pas offerts en concurrence avec d'autres fournisseurs ni sur une base commerciale. Or, au Québec, le ministre Barrette a maintes fois soutenu son désir d'instaurer plus de concurrence dans le système de santé.

Au-delà de certains seuils, les gouvernements, les municipalités, les sociétés d'État comme Hydro-Québec, seront forcés d'ouvrir leurs marchés publics en soumettant leurs appels d'offres à la concurrence étrangère. Il ne sera plus possible de se servir des achats publics pour stimuler le développement local, créer des emplois de qualité, consolider nos expertises, innover au plan environnemental.[...]

Repenser le paradigme

Alors que les nouveaux accords vont plus loin que l'ALÉNA, notamment par l'ouverture des services publics, il est ahurissant de constater qu'aucune évaluation probante n'ait été faite du « modèle » nord-américain et de ses impacts sur nos économies.

L'actuelle Conférence sur le climat (COP21) à Paris nous offre l'occasion de mesurer les dangers de la poursuite d'un modèle économique qui non seulement a été un désastre pour le fragile équilibre écologique de la planète, mais qui va aussi accroître les inégalités sociales en servant principalement les intérêts des multinationales. Un changement de paradigme est urgent, mais, surtout, dans l'horizon du possible.

Pierre-Yves Serinet, 

Coordonnateur du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC)

Et 20 signataires d'organisations sociales québécoises

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