Regards sur l'éducation en Allemagne et au Japon

La baie de Tokyo.... (Associated Press)

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Vincent Beaucher
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Il y a une quinzaine d'années, le Québec entamait une réforme de son système scolaire qui a fait couler énormément d'encre depuis. Or, pour des raisons similaires ou différentes des nôtres, d'autres pays ont eux aussi entrepris le dur labeur de refondre leur système d'éducation; en voici deux exemples.

L'Allemagne

Au tournant des années 2000, la locomotive économique qu'est l'Allemagne encaissait un dur rappel à la réalité : les résultats des jeunes Allemands au test PISA, un test mondialisé, étaient assez catastrophiques. D'une part, en lecture, en mathématiques et en sciences, l'Allemagne se positionnait sous la moyenne des 43 pays (dont le Canada) prenant part à ce test. D'autre part, le système allemand était considéré comme extrêmement inéquitable, c'est-à-dire qu'il n'offrait pas la même chance à tous de pouvoir espérer réussir à l'école et, plus tard, dans la vie. Cela était entre autres dû à une pratique qui consistait, dès l'âge de 10 ans, à orienter les élèves dans l'une des trois branches académiques existantes, et ce, en fonction de leurs résultats scolaires. Ainsi, les meilleurs élèves accédaient aux Gymnasiums (à vocation académique), les réguliers, aux Realschules, et les moins bons, aux Hauptschules (à vocation professionnelle). Avec du recul, il a été convenu que cette façon perpétuait les inégalités sociales.

Dans les années qui ont suivi, plusieurs changements ont eu lieu dans le système scolaire germanique, dont celui de combiner les Realschules et les Hauptschules et d'attendre à un âge plus avancé avant de classer les élèves. On a aussi travaillé à aider davantage les élèves avec le plus de difficultés, surtout en lecture et en maths, considérant qu'ils avaient été jusque-là quelque peu mis de côté. Et d'ailleurs, une bonne proportion de ce groupe était composé d'immigrants, parlant peu ou pas l'allemand, ce qui n'aidait en rien leur intégration sociale. Autre nouveauté dans cette réforme : la mise en valeur de la coopération, du travail en équipe en classe. Également, on a tenté de rapprocher l'école du quotidien des jeunes Allemands, question qu'ils développent un intérêt, une motivation envers leur parcours académique.

Au final, si le système scolaire germanique demeure perfectible, l'Allemagne fit bonne figure en 2012 alors qu'elle s'est retrouvée l'un des trois seuls pays évalués par le test PISA à avoir réduit les inégalités à l'école tout en obtenant de meilleurs scores en mathématiques. Cela démontrait que la grande majorité des élèves s'étaient améliorés significativement dans cette matière, mais surtout que cela concernait autant les meilleurs que les moins bons.

Le Japon

Grande force économique à une certaine époque, le Japon a dû reconnaître au cours des dernières années que son système scolaire n'offrait plus les résultats escomptés, ce qui affectait en retour l'économie du pays. Parmi les faiblesses relevées, il y avait de piètres aptitudes en matière de socialisation et aussi dans la maîtrise de l'anglais comme langue seconde. Actuellement enseigné à partir de la 5e année, l'anglais sera éventuellement offert dès la 3e année. Autre changement désiré : faire passer le nombre d'écoles secondaires qui offrent un programme de style « Baccalauréat international » - dans lequel est prônée l'ouverture sur le monde - de 16 (en 2012) à plus de 200 (en 2020). Revoir les modalités d'évaluation pour accéder à l'université fait aussi partie des plans. Ainsi, au lieu de devoir passer un seul examen d'une importance capitale, ce à quoi les Japonais sont historiquement soumis, il y aurait dorénavant plusieurs évaluations durant la première année, accompagnées d'entrevues, lesquelles s'intéresseraient aux aptitudes personnelles et réflexives des nouveaux étudiants. Aussi, l'anglais aurait une place de choix dans le cursus universitaire, étant le « langage de la globalisation ».

Ces deux cas d'espèce nous montrent qu'il y a toujours place à améliorer un système d'éducation et que ce qui fonctionnait très bien jadis n'est plus forcément un gage de succès aujourd'hui. C'est ce qui a motivé le Québec à emprunter un nouveau chemin il y a 15 ans, en regardant vers le futur, comme l'Allemagne et le Japon.

Vincent Beaucher (@Vbeaucher) enseigne en éducation à l'UdeS.

Pour lire d'autres textes liés à l'éducation, visitez le www.webeducation.

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