Sortir de la pauvreté

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Le projet de loi 70 déposé le mois dernier par le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, comporte à première vue un objectif louable : aider les personnes assistées sociales aptes au travail à sortir du « cercle vicieux » de la pauvreté avec le programme « Objectif emploi », destiné aux nouveaux prestataires de l'aide sociale.

Les moyens d'y parvenir ou, plutôt, les contraintes que prévoit le projet de loi en cas de refus de participer à ce programme, sont toutefois préoccupants et risquent de pénaliser sans distinction les personnes qui vivent des difficultés personnelles, de scolarité déficiente, de discrimination à l'embauche ou des problèmes de santé mentale.

Bien qu'on ne connaisse pas pour le moment les détails du projet de loi, qui sera soumis en commission parlementaire à la fin de janvier, les déclarations du ministre Hamad soulèvent de nombreuses questions.

Chaque année, près de 17 000 personnes demandent de l'aide sociale pour la première fois, en majorité des jeunes de moins de 29 ans dont une bonne proportion provient de familles vivant de l'aide sociale.

L'idée d'aider des jeunes aptes à l'emploi à s'outiller pour pouvoir quitter l'aide sociale est excellente puisqu'il n'est pas normal que des personnes capables de travailler puissent refuser de le faire.

Selon les informations présentées par le ministre de l'Emploi, les nouveaux demandeurs se verraient offrir des emplois « convenables » ou une formation d'intégration et de maintien en emploi de 12 à 24 mois, assortie d'un montant de 250 $ par mois qui s'ajouterait à leur prestation de 616 $ par mois.

Toutefois, les prestataires pourraient être contraints d'accepter un emploi même s'il est loin de leur domicile.

De plus, les personnes qui refuseraient de participer au programme « Objectif emploi » pourraient voir leurs prestations mensuelles être coupées de moitié.

Comment peut-on même penser qu'un prestataire de l'aide sociale puisse survivre avec 308 $ par mois? Si cette mesure ne constitue pas un ballon d'essai de la part du ministre Hamad, elle est carrément arbitraire et constitue une attaque à la dignité humaine.

M. Hamad estime que ces mesures pourraient permettre de sortir de l'aide sociale 85 pour cent des nouveaux demandeurs chaque année et d'économiser ainsi 50 millions $ annuellement.

Le nombre de prestataires de l'aide sociale a diminué de près de moitié depuis 1995 au Québec, mais 163 000 personnes, dont 59 000 enfants, ont recours à l'aide alimentaire chaque mois dans la province, ce qui est énorme et inacceptable.

Vouloir sortir les gens de la pauvreté en les aident à intégrer le marché du travail est nécessaire, surtout dans le contexte où des dizaines de milliers d'emplois sont à pourvoir dans les prochaines années au Québec.

Encore faut-il que les ressources pour leur venir en aide soient disponibles et qu'ils reçoivent une formation qui corresponde aux besoins du marché du travail.

Au cours des dernières années, on a vu que les mesures d'insertion et d'employabilité n'ont pas toujours été à la hauteur, sans compter les compressions dans les centres locaux d'emplois.

Parallèlement, la réalité démontre que certains bénéficiaires de l'aide sociale considérés aptes au travail peuvent avoir des contraintes personnelles sérieuses, de sorte que réduire de moitié le montant de leurs prestations ne fera que les plonger davantage dans la pauvreté.

Ces personnes ont besoin d'aide, pas d'être poussées à la rue.

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