Remboursement à exiger

Éditorial / Le rapport déposé vendredi par la vérificatrice générale du Québec... (La Tribune, archives)

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / Le rapport déposé vendredi par la vérificatrice générale du Québec est pour le moins dévastateur. La rémunération des médecins a dépassé de 416,7 M$ les montants établis dans les ententes de rémunération 2010-2015. Pour un gouvernement qui s'est drapé dans la « rigueur » pour dévier les accusations « d'austérité », ce constat constitue une gifle, voire un coup de poing en plein visage. Il doit faire beaucoup plus mal que le tiède rapport de la Commission Charbonneau, qui n'a pas eu le courage de formuler un seul blâme.

Les médecins spécialistes ont à eux seuls accaparé 384 M$ de plus que prévu en raison de la sous-évaluation des changements à leur pratique. Dans le cas des médecins omnipraticiens, les dépassements de 32,7 M$ sont attribuables aux décisions prises par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Engagé dans un sprint de négociations avec les employés de l'État pour le renouvellement de leur convention collective, le gouvernement de Philippe Couillard se retrouve en fâcheuse position. Comment réussir maintenant à convaincre les fonctionnaires que la rigueur budgétaire doit guider la rédaction de leur prochain contrat de travail?

Philippe Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, tous deux médecins, donnent ainsi des munitions supplémentaires à ceux qui les accusaient déjà d'avoir un préjugé favorable à l'endroit de leurs ex-confrères.

Le Québec compte environ 21 000 médecins qui se partageront près de 7 milliards de dollars cette année. Compte tenu de l'importance de la somme, la Régie aurait dû faire preuve d'une plus grande vigilance. D'ailleurs, la vérificatrice générale lui adresse un blâme (c'est toujours permis), s'expliquant mal son manque de contrôle des risques de fraude ou d'erreurs.

La vérificatrice remet aussi en question les économies de 394 M$ qui devaient résulter de l'étalement des hausses salariales de 5,6 milliards (25 %) consenties en 2014. Au contraire, Guylaine Leclerc croit que Québec ne réalisera aucune économie et qu'il a tout simplement perdu le contrôle des coûts reliés à ce poste budgétaire.

Gaétan Barrette conteste cette conclusion tout comme celle voulant que son ministre a été obligé de couper dans ses programmes pour payer la facture supplémentaire. Fidèle à la ligne partisane et à son style obstiné, le ministre Barrette s'entête à répéter que les compressions n'ont pas eu d'impact sur les services aux citoyens. Il devrait se rendre compte que personne n'avale cette médecine. Que 27 médecins aient comptabilisé plus de 400 jours de pratique dans une seule année ne s'est pas traduit par un nombre accru de patients pris en charge. Aux dernières nouvelles, il n'y avait encore que 365 jours dans une année!

Malgré l'ampleur des sommes additionnelles investies à ce jour, constate la vérificatrice, bon nombre de Québécois n'ont toujours pas accès à un médecin de famille. « Le problème demeure important », écrit-elle.  

Échues depuis le 31 mars dernier, les ententes avec les médecins demeurent à négocier, une occasion rêvée pour Philippe Couillard et Gaétan Barrette de prouver leur impartialité.

Les médecins n'ont pas volé leur rémunération. Pour leurs efforts, ils touchent un salaire important qui se compare à ce qu'on paye ailleurs. Nul donc besoin d'en rajouter. S'il y a eu erreur, il revient maintenant au ministre de voir à récupérer les sommes versées en trop. Celui-ci doit aussi exercer un meilleur contrôle comme le suggère la vérificatrice, sinon revoir carrément le mode de rémunération à l'acte. On peut toujours rêver.

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