Obama placé sur la défensive face à l'ÉI

ANALYSE / Le 12 novembre, une journée avant les attentats de Paris, le... (Associated Press)

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Gilles Vandal

(SHERBROOKE) ANALYSE / Le 12 novembre, une journée avant les attentats de Paris, le président américain Barack Obama déclarait que si l'État islamique (EI) n'avait pas été décapité, il avait tout au moins été endigué. L'élimination de « djihadiste John » par un drone américain et la prise de la ville stratégique de Sinjar, en Irak, par les forces kurdes venait, selon Obama, conformer ses dires. Décidément, l'État islamique venait de subir deux revers tactiques importants.

« Ddjihadiste John », de son vrai nom Mohammed Emwazi, est un terroriste notoire d'origine koweïtienne qui est né à Londres en 1988. Il s'est signalé en 2014 avec plusieurs décapitations d'otages occidentaux, y compris celui de James Foley, un journaliste américain, dont il a filmé l'exécution sur vidéo. Les services américains de renseignements l'ont repéré au début de novembre à Raqqa, la capitale de l'EI à Syrie. Sa mort représente donc une victoire psychologique pour les États-Unis dans la guerre contre l'EI.

Entre-temps, les forces kurdes, soutenues par la coalition américaine, s'emparaient de la ville stratégique de Sinjar en Irak. Cette ville se trouve le long de la route qui relie Raqqa à Mossoul. Indéniablement, la prise de Sinjar met de la pression sur l'EI en coupant en deux ses forces. Toutefois, une véritable victoire stratégique aurait consisté dans la prise de Raqqa ou de Mossoul.

Depuis juin 2014

Depuis son émergence sur la scène internationale en juin 2014, l'EI s'était concentré sur la solidification du territoire sous son contrôle. Les attaques externes n'étaient pas une priorité. Toutefois, les spécialistes antiterroristes craignaient, avec raison, qu'une fois mise sur la défensive, l'EI soit tenté de renvoyer en Europe ou en Amérique du Nord ses légions de combattants occidentaux pour y perpétrer des attentats.

De fait, l'EI semble clairement avoir réorienté sa stratégie et être passé à cette deuxième phase. Les différents attentats des dernières semaines semblaient indiquer que l'EI dispose d'une capacité réelle de projeter son action à l'extérieur. De la lutte contre l'ennemi rapproché (Irak et Syrie), il serait donc passé à une lutte contre l'ennemi éloigné, soit la Russie et les puissances occidentales.

Ce changement de stratégie était déjà palpable dans les attentats de Turquie et de Beyrouth et contre un avion russe dans le Sinaï. Avec les attentats de Paris, cette réorientation de stratégie est encore plus évidente.

L'EI est ainsi entré dans l'orbite du terrorisme international par la grande porte. En ciblant Paris, il pose un geste symbolique important. L'EI démontre qu'il dispose d'une structure de commandement et de contrôle sophistiquée. Ces attentats spectaculaires ne sont pas le fruit de loups isolés.

Plus encore, en perpétrant l'une des pires attaques terroristes qu'a connues l'Europe, l'EI a brisé le sentiment occidental que la menace terroriste était un problème extérieur, largement concentré au Moyen-Orient. Les États-Unis et leurs alliés pouvaient donc en toute quiétude combattre ce groupe extrémiste.

Menace contre les États-Unis

Maintenant, l'EI menace même de s'en prendre aux États-Unis. Ce faisant, l'organisation terroriste cherche à reprendre l'offensive en plaçant les États-Unis et l'Europe sur la défensive. Plus encore, ces derniers attentats viennent contredire les assertions du président Obama que l'EI avait été endigué et mis sur la défensive.

Aussi, Barack Obama fut pressé par les journalistes d'expliquer le décalage existant entre ses récentes déclarations et les attentats spectaculaires de Paris. Il a dû reconnaître que la lutte au terrorisme serait longue et que les forces de la coalition allaient connaître des bonnes et des mauvaises journées.

Tout en reconnaissant que la coalition n'avait pas été en mesure de décapiter complètement les structures de commandement de l'EI, le président américain réaffirmait que sa stratégie avait réussi à réduire sensiblement le flux de combattants étrangers se joignant à l'organisation terroriste.

Si l'objectif déclaré des États-Unis était d'endiguer et de décapiter l'EI, les attentats de Paris démontrent que cette stratégie ne fonctionne pas avec une organisation dont les membres agissent en petits groupes et courtisent ouvertement la mort. Plus encore, les auteurs de ces attentats n'ont présenté aucune revendication. Ils ne désiraient qu'attirer l'attention internationale en tuant le plus de monde possible.

Un autre chapitre

Les attentats de Paris ont ainsi ouvert un autre chapitre alarmant dans la guerre au terrorisme qui remet en cause un des piliers de la vision du monde de Barack Obama. Ce dernier a jusqu'ici démontré une détermination à éviter d'impliquer les États-Unis dans des guerres insolubles au Moyen-Orient en se positionnant comme un président qui terminait les guerres, plutôt qu'un qui les commence.

Le démantèlement d'Al-Qaïda marqué par la mort d'Oussama Ben Laden n'a pas mis fin à la menace terroriste. Cette menace est réapparue dans des groupes comme l'EI, Khorassan, Boko Haram et AQPA. Tel un phénix, la menace terroriste renaît de ses cendres sous une nouvelle forme.

Barack Obama ne veut pas, avec raison, jouer le jeu de l'EI en déployant des milliers de troupes au sol en Irak et en Syrie. Mais ce faisant, il reconnaît que l'Occident est engagé dans une longue guerre qui ne peut pas être gagnée uniquement par des moyens militaires.

La menace terroriste islamiste réside d'abord dans une idée qui se perpétue et se nourrit dans la frustration d'une jeunesse désoeuvrée, désenchantée et aliénée vivant au Moyen-Orient, mais aussi en Occident. Il faudrait donc aussi traiter de cette question.

Gilles Vandal est professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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