Donner d'une main et reprendre de l'autre

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Bien que le mot austérité soit tabou chez les libéraux de Philippe Couillard, le réinvestissement en éducation de 20 millions $ en 2015-2016 et 80 millions $ en 2016-2017, annoncé jeudi par le ministre des Finances Carlos Leitao, est sans doute une façon de reconnaître que les réductions de dépenses dans ce domaine au cours des deux dernières années ont fait mal.

Cet argent sera consacré services aux élèves en difficultés et aux régions dévitalisées.

Il s'agit en tout cas d'un changement de cap un peu inattendu de la part du gouvernement qui prévoit un déficit de 1,1 milliard $ cette année et un retour à l'équilibre budgétaire en 2015-2016, avec un surplus projeté de 1,5 milliard $, selon la mise à jour économique présentée hier.

Le ministre de l'Éducation, François Blais, n'avait-il pas affirmé il y a quelques semaines qu'il serait « maladroit » de réinvestir dans le soutien aux élèves en difficulté compte tenu du contexte budgétaire actuel?

Le gouvernement Couillard tente de faire bonne figure auprès de l'opinion publique alors qu'il est à couteaux tirés avec les syndicats d'enseignants et que des parents font des chaînes humaines autour des écoles pour dénoncer les coupes en éducation.

Les 100 millions $ annoncés, sur un budget global de 17 milliards $, ne constituent malheureusement qu'une très légère bouffée d'oxygène pour le monde de l'éducation qui a subi des réductions budgétaires d'un milliard $ depuis 2010, selon la Centrale des syndicats du Québec.

Ces augmentations ne permettront même pas de suivre le taux d'inflation qui devrait être de 1,8 pour cent au Québec en 2016, selon Desjardins.

De plus, il faut souligner que le même gouvernement a évoqué hier des coupes possibles de 120 millions $ dans le réseau des Centres de la petite enfance, déjà soumis à une compression de 74 millions $ cette année.

L'injection de 100 millions en éducation pour 2015-2016 et 2016-2017 est-elle une façon de donner d'une main avant de reprendre de l'autre?

Le gouvernement du Québec dit pouvoir enfin se donner une marge de manoeuvre après deux années de compressions des dépenses et d'énormes sacrifices pour la population, les enseignants et les professionnels de la santé.

Mais, le ministre Leitao a rappelé jeudi que le cadre financier de l'État demeure « très contraignant », bien qu'il anticipe un surplus de 1,5 milliard $ en 2015-2016, suivi d'excédents de 2,2 milliards $ en 2016-2017, de 2,7 milliards $ en 2017-2018 et de 3 milliards $ en 2018-2019.

Un bémol toutefois.

Car les résultats et les prévisions annoncés jeudi découlent surtout d'un contrôle très serré des dépenses, sans oublier les hausses de tarifs et de taxes imposées aux contribuables ces deux dernières années.

Ils ont donc très peu à voir avec la croissance économique, qui demeure très faible, à 1,5 pour cent cette année et à 1,7 pour cent l'an prochain, ou avec une hausse des revenus de l'État.

La santé du gouvernement du Québec semble certes s'améliorer, mais celle de l'économie?

Les Québécois sont habitués à la logique et au langage comptable du gouvernement libéral, mais après deux ans d'austérité, ou de rigueur budgétaire, comme préfère le dire le gouvernement libéral, celui-ci aura-t-il les moyens et la volonté de réinvestir en éducation et en santé?

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