Bombardier devra livrer la marchandise

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / S'il faut en croire le gouvernement Couillard, les contribuables québécois n'ont d'autres choix que de soutenir Bombardier, fleuron industriel du Québec, même si on leur demande de se serrer la ceinture et d'assister à l'érosion de la qualité des services publics.

L'investissement de deux milliards $ que vient de consentir la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans Bombardier Transport apparaît plus sensé que celui que le gouvernement du Québec a fait le mois dernier dans le projet d'avion d'affaires CSeries, en y injectant un milliard $.

Car la CDPQ, qui met la main sur 30 pour cent de la société, contrôlera trois sièges au conseil d'administration de la division transport sur rail. Elle aura donc son mot à dire.

De plus, il s'agit d'un bon investissement selon de nombreux analystes.

Pour sa part, le gouvernement s'est porté acquéreur de 49,5 pour cent d'une société en commandite qui commercialisera les avions CSeries, un projet en difficulté, plutôt que de prendre une participation dans l'ensemble du groupe Bombardier et sans trop poser de questions sur la stratégie des dirigeants pour sortir la compagnie du rouge.

Tout cela alors que Bombardier a dévoilé une perte de 4,9 milliards $ US au troisième trimestre.

Ces investissements étatiques majeurs surviennent à un moment où le gouvernement du Québec n'arrive pas à s'entendre avec les employés du secteur public, a procédé à des diminutions de services en éducation et en santé et a augmenté les tarifs.

Concevoir et mettre en marché un nouvel appareil représente tout un défi : cela exige beaucoup de capital et il faut affronter une concurrence très vive dans un monde où dominent les géants Airbus, Boeing et Embraer.

Oui, Bombardier est un fleuron industriel pour le Québec et un acteur économique majeur : le constructeur d'avions et de matériel roulant compte plus de 17 000 employés dans la province.

Mais la compagnie a des problèmes et ils ne sont pas seulement d'ordre financier.

La Ville de Toronto, par exemple, poursuit Bombardier Transport pour une somme de 50 millions $ en raison de retards dans la livraison de 204 wagons de tramway, une situation que la compagnie justifie par des ennuis avec un sous-traitant mexicain.

Quant aux avions CSeries, Bombardier n'a toujours pas amorcé la production commerciale de ce jet régional, alors que cela devait se faire à compter de 2013. De plus, les coûts du programme sont passés de 3,4 à 5,4 milliards $ US, ce qui s'expliquerait par des retards dans l'avancement du projet et la faiblesse des commandes d'avions d'affaires.

Dans un cas comme dans l'autre, les problèmes de retard et de pertes financières ne constituent certainement pas une bonne stratégie de marketing.

L'entreprise a aussi demandé l'aide financière à Ottawa.

Il est vrai que le gouvernement fédéral a secouru l'industrie automobile à coup de milliards en 2008-2009, mais ses difficultés étaient attribuables à une crise financière mondiale.

Et il est tout aussi vrai que le Québec n'a pas les moyens de perdre les emplois reliés au secteur aéronautique et du transport sur rail.

Toutefois, est-ce le rôle des gouvernements du Québec et du Canada de mettre à risque autant d'argent des contribuables, du moins pour ce qui est du partenariat dans le projet des CSeries? De surcroît en période de restrictions budgétaires?

Chose certaine, Bombardier devra respecter ses engagements et livrer la marchandise, sans quoi le capital de sympathie des Canadiens et des Québécois à son endroit risque d'en prendre un coup, tout comme leur confiance et leur patience.

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