Accroc à la souveraineté alimentaire

ÉDITORIAL / La fin anticipée des activités de l'abattoir Viandes Laroche, à... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / La fin anticipée des activités de l'abattoir Viandes Laroche, à Asbestos, risque de porter un dur coup à la production bovine et de réduire encore un peu plus la souveraineté alimentaire du Québec.

La ville d'Asbestos n'a certes pas les moyens de perdre des emplois et, en ce sens, la possibilité que Viandes Laroche devienne une usine de transformation de viande de canard constitue une bonne nouvelle.

Toutefois, pour l'industrie agroalimentaire québécoise, la perte du dernier abattoir de boeufs en importance dans la province constitue un choc, d'autant plus que Viandes Laroche possédait une certification du gouvernement fédéral lui permettant d'exporter.

De plus, qu'adviendra-t-il de l'appellation « Viandes sélectionnées des Cantons », lancée par Viandes Laroche?

La disparition de cette entreprise, dont les nouvelles installations avaient été construites au coût de 10 millions $ en 2010, survient au moment où le nombre de fermes de bouvillons au Québec diminue en raison notamment de l'emprise grandissante des entreprises multinationales et de nos choix collectifs de consommation.

En 2012, un autre abattoir important, Levinoff-Colbex, à Saint-Cyrille-de-Wendover, avait fermé ses portes obligeant un grand nombre de producteurs bovins à traiter avec des multinationales comme Cargill.

Sans discréditer l'offre de l'entreprise Canards du Lac-Brome, qui permettra espérons-le de sauvegarder le maximum d'emplois, la fin des activités de Viandes Laroche signifie également que davantage d'éleveurs bovins devront faire abattre leurs bêtes en Ontario ou aux États-Unis.

Le Québec est un petit joueur sur le marché nord-américain : il produit un faible pourcentage du boeuf canadien et les grands transformateurs comme Cargill et JBS sont prompts à acheter les bêtes élevées ici.

Lors de sa rencontre de mercredi avec les représentants des employés de Viandes Laroche, à Québec, le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, s'est limité à dire qu'il est inquiet de voir que les producteurs sont contraints de se tourner vers des abattoirs de l'extérieur, reconnaissant qu'il avait peu de moyens pour changer les choses.

Tout cela soulève à nouveau la question de la souveraineté alimentaire du Québec, un phénomène qui inquiète le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) de l'Estrie, François Bourassa. « Un pays qui est dépendant de l'extérieur pour se nourrir, ce n'est rien d'intéressant. Il y a quelques années, 50 pour cent de notre assiette était constituée de produits du Québec, aujourd'hui, c'est de 30 à 33 pour cent. »

Il ajoute qu'en cas de nouvelle crise sanitaire au Canada, comme cela s'est produit en 2003 lors de la crise de la vache folle, les producteurs québécois auraient probablement de la difficulté à faire abattre leurs animaux.

Les consommateurs ont une part de responsabilité dans tout cela puisque la majorité effectue leurs achats de viande en fonction du prix, ce qui avantage les multinationales. Peut-on les blâmer?

Un étiquetage obligatoire de l'origine de la viande, partout où elle est vendue, inciterait probablement beaucoup d'entre eux à acheter du boeuf élevé, abattu et transformé ici, même s'il est un peu plus coûteux à l'achat.

Car les consommateurs québécois n'ont pas intérêt à voir disparaître le secteur de la production bovine et à se retrouver tributaires de produits dont ils ignorent la provenance et qui, à moyen et à long terme, ne seront pas nécessairement moins chers.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer