Investissez dans l'éducation de votre nation M. Coiteux

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Bonjour à vous. Nous ne nous connaissons pas, alors laissez-moi me présenter. Je me prénomme François et je suis âgé de 38 ans. Je suis l'un des nombreux employés du système québécois d'éducation, plus précisément un éducateur spécialisé oeuvrant auprès d'élèves présentant des troubles d'apprentissages et/ou de comportements. J'ai l'honneur d'exercer ce métier avec passion et détermination depuis cinq ans déjà.

Pour résumer mon parcours, je vous dirais que j'ai oeuvré en remplacement de toutes sortes dans les trois premières années dans une vingtaine d'institutions (la plupart du temps dénuées de moyens et d'outils efficaces pour accomplir ma besogne). L'an dernier, j'ai eu la « chance » d'hériter d'un poste cumulant 14 heures par semaine. Cette année, j'ai obtenu un poste de 17 heures par semaine; poste que j'ai pu troquer pour un remplacement de 25 heures/semaine dans une autre école de ma commission scolaire. À un salaire de 23 dollars de l'heure, vous serez à même de constater que je ne suis pas le prototype du fossoyeur du Trésor québécois.

En comparaison, je gagne presque autant qu'un concitoyen oeuvrant au salaire minimum sur une semaine de 40 heures de travail. Dans le cadre de mon emploi cette année, j'interviens auprès d'une clientèle en trouble de comportement où je dois composer avec moult menaces, gestion de colère, impulsivité chronique et détresse psychologique en tout genre. Probablement que la plupart des gens me trouveront masochiste, mais j'adore mon travail et j'y retrouve un sentiment d'accomplissement professionnel dithyrambique.

Le 28 octobre dernier, il y a eu journée de grève. J'ai perdu une journée de salaire pour une grève que l'on m'a imposé (ayant voté contre, mais comme la majorité l'emporte je me suis soumis au dictat syndical). J'ai été au point de rassemblement des grévistes, mais le coeur et les convictions de la cause n'étant pas imprégnés dans mon âme, je n'ai pas participé à la marche de manifestation. Les 12 et 13 novembre prochain, je serai encore en « congé forcé », mais toujours aussi profondément écoeuré par la situation. Je suis pris entre votre position fermée et le dictat syndical qui me représente.

Je suis l'un de ceux qui décrient mes conditions de travail précaires, mais qui refuse d'embarquer dans la stratégie archaïque de son syndicat. Peu importe, je suis dans le trouble, ne me restant que l'apparition angélique du « gros bon sens » pour espérer que le tout se règle comme il faut. Est-ce si difficile de reconnaître que la position de plusieurs artisans du milieu éducatif (comme moi) est loin d'être idéale et que de sabrer de façon sauvage et draconienne dans les budgets est illogique? Est-ce que votre gouvernement est inconséquent à ce point pour plonger son système scolaire dans un tel état neurovégétatif? Avant d'investir de nouveau dans votre Plan Nord, pensez donc à réinvestir dans le savoir de la progéniture provinciale.

Au lieu d'encourager la multinationale Bombardier, investissez dans la pierre angulaire de l'éducation de votre nation. Votre fameuse austérité, vous en avez fait une vache sacrée au même titre qu'un lobbying carrément dégueulasse auquel nous assistons quand nous sommes informés de certains de vos investissements insensés. En attendant, je continue à mettre tout mon coeur et mon talent auprès des jeunes que je dessers. Le soir, au retour à la maison, je reprends mon rôle de père et je m'efforce de faire vivre ma famille convenablement. Je compte mon budget et je me trouve carrément imbécile de continuer dans cette veine. Par chance, mon entourage m'encourage et me regarde avec fierté. Cela rallume une flamme assez forte pour continuer. Pour combien de temps? Je ne le sais pas.

Les élèves québécois sont en droit d'avoir un système éducatif de qualité et répondant à leurs besoins. Ils ont besoin de masochistes en mon genre pour avancer. Sachez Monsieur Coiteux que je ne suis pas un cas unique, malheureusement. Trop de personnel besognant dans nos écoles est dans une situation similaire à la mienne.

N'attendez donc pas que la génération montante soit inadaptée et insuffisamment formée pour les défis à venir. Chaque situation a ses limites et le milieu éducatif est rendu à un point de non-retour. Mettez de côté l'opportunisme politique et réagissez avec le gros bon sens. La population ne s'attend pas à moins que ça, toute allégeance politique confondue.

François Jr Vallières,

Technicien en éducation spécialisée

Sherbrooke

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