Une troisième voie?

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Avec son projet de nouvelle entente Canada-Québec, qui prévoit le transfert de points d'impôts fédéraux, suivi de l'octroi de nouveaux pouvoirs et de changements constitutionnels, la Coalition avenir Québec (CAQ) vise haut et joue probablement son va-tout.

Sans autres arguments que de miser sur la bonne foi d'Ottawa et l'amélioration du pouvoir de négocier du Québec grâce à un redressement de son économie et la fin des paiements de transfert, le chef de la CAQ semble renouer avec une formule usée, soit l'étapisme, et un voeu pieux : rassembler les nationalistes et les souverainistes déçus.

Même si, à certains égards, on se croirait revenu à l'époque de l'Union nationale et de son slogan de 1966 « Le Québec d'abord », il faut recevoir avec respect ce « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec » et voir s'il mènera à une orientation politique précise.

Les « demandes » de la CAQ sont modestes en comparaison avec le pacte Canada-Québec que proposait le fameux rapport Allaire de 1991. Elles se limitent à un transfert de points d'impôts et de budgets fédéraux, à un rapatriement de pouvoirs en matière de culture, de langue et d'immigration et à la reconnaissance constitutionnelle du Québec comme nation.

La CAQ n'avait d'autre choix que de se repositionner et se donner une vision plus claire devant le discours indépendantiste du chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, et un Parti libéral fédéraliste qui ne réclame plus rien d'Ottawa, à l'exception du respect des règles établies.

La « troisième voie » dont parle M. Legault n'était plus sur les écrans radars depuis plusieurs années.

En fait la Coalition avenir Québec l'avait abandonnée en 2012, tout comme les visées autonomistes du rapport Allaire, au profit d'un nationalisme mou et édulcoré.

Un parti politique au Québec ne peut espérer survivre sans avoir au moins une position claire sur la question nationale et les pouvoirs que doit avoir le Québec.

Depuis l'échec référendaire de 1995, l'option de la souveraineté semble en déclin, de sorte que rallier les « nationalistes » et les souverainistes mous en leur offrant une alternative entre le PQ indépendantiste et un PLQ qui défend le statu quo peut constituer une avenue intéressante.

Toutefois, devant la polarisation du débat politique entre souverainistes et fédéralistes, les chances que la CAQ puisse véritablement se démarquer et être portée au pouvoir en 2018, pour ensuite réclamer des concessions d'Ottawa, apparaissent bien minces pour le moment.

« Ce sera très difficile, sinon impossible, pour le premier ministre du Canada de refuser ce qui est demandé par beaucoup de Québécois », allègue M. Legault.

Malheureusement, cela est loin d'être évident après des décennies d'immobilisme de la part d'Ottawa et devant un Canada anglais qui ne veut plus entendre parler des revendications du Québec, aussi minimes ou justifiées soient-elles.

Il faut aussi rappeler, comme l'a fait l'ex-ministre péquiste Rémy Trudel, à l'émission Le Club des ex, que la dernière fois où le Québec a pu récupérer des points d'impôts du gouvernement fédéral c'était en 1964, sous Jean Lesage, et qu'aucun autre premier ministre n'a réussi depuis.

La nouvelle entente Québec-Ottawa que propose le chef de la CAQ constitue un pari à haut risque.

En misant sur l'ouverture d'Ottawa, sans plan « B » ou projet de référendum, on ne voit pas pourquoi le gouvernement fédéral aurait intérêt à raviver un douloureux débat constitutionnel devant un Canada anglais au mieux indifférent et des indépendantistes qui ne demanderaient pas mieux qu'un nouvel échec pour le Québec afin de mousser leur option.

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