Lucide et courageux

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) Éditorial / La décision de la Maison Aube-Lumière d'autoriser à compter de février 2016 l'aide médicale à mourir, une première au Québec, est à la fois courageuse et lucide, car elle donne priorité au choix personnel et éclairé du patient en fin de vie.

Fruit d'un long mûrissement, elle tient également compte du fort consensus social sur cette question extrêmement sensible.

À l'approche de l'entrée en vigueur de la Loi 2 concernant les soins de fin de vie, en décembre prochain, la majorité des 31 centres de soins palliatifs de la province avaient annoncé qu'ils n'offriraient pas le service d'aide à mourir.

La future loi ne les y oblige pas, d'ailleurs, contrairement aux établissements de santé qui doivent l'appliquer.

Mais l'initiative de la Maison Aube-Lumière risque d'avoir beaucoup d'écho tant chez les personnes en fin de vie, leurs proches, que chez les professionnels de la santé.

Elle pourrait également inciter des centres de soins palliatifs à réexaminer leur position.

La sortie de l'infirmière retraitée Suzanne Nadeau-Whissell, atteinte de sclérose latérale amyotrophique, qui a fait valoir le droit des personnes souffrantes et en fin de vie de pouvoir décider de mettre fin à leurs jours, a en quelque sorte ravivé le débat qui avait animé le Québec lors des travaux de la commission « Mourir dans la dignité », en 2012.

Le droit pour une personne lucide de choisir de mourir pour abréger ses souffrances ou en raison d'une maladie dégénérative soulèvera toujours des questions morales, éthiques et religieuses, même si la Loi 2 comporte des balises très strictes tant pour le respect des droits des patients, les protocoles médicaux, qu'au plan légal.

La loi, faut-il le rappeler, vise un groupe restreint de personnes : les adultes aptes à consentir clairement à mettre fin à leur vie, qui sont affectés par des problèmes de santé graves et irrémédiables leur causant des souffrances persistantes et intolérables.

De plus, une Commission sur les soins de fin de vie sera créée afin de surveiller le respect des exigences liées à l'aide médicale à mourir et devra transmettre un rapport annuel au ministre de la Santé.

Dans ce contexte, nous croyons qu'une personne en fin de vie doit avoir le droit de refuser l'acharnement thérapeutique et d'obtenir les soins requis pour mettre fin à ses jours.

Il faut reconnaître toutefois que des spécialistes en santé et des proches des personnes en fin de vie jugent que l'aide médicale à mourir équivaut à l'euthanasie, tandis que d'autres craignent des dérapages.

De plus, aux yeux de certaines personnes, le fait d'accorder directement ou indirectement à l'État le pouvoir d'aider un patient en fin de vie à mourir apparaît sinistre et équivaut à une banalisation technique de la mort.

La décision de direction de la Maison Aube-Lumière traduit une évolution des valeurs sociales, de la médecine et du droit, mais il faudra une période d'adaptation et beaucoup de circonspection.

Il faut aussi rappeler que l'une des principales recommandations de la commission « Mourir dans la dignité » consistait à élargir l'accès aux soins palliatifs qui, actuellement, n'est pas offert partout ni à 100 pour cent.

À cet égard, il est impératif que le gouvernement du Québec dépose son Plan de développement des soins palliatifs, attendu depuis le printemps dernier.

Et qu'il accorde les ressources nécessaires pour permettre de soulager davantage de personnes atteintes de maladies incurables et améliorer leur qualité de vie avant de leur permettre de recourir, si c'est leur choix et s'il y a lieu, à l'aide médicale à mourir.

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