Choix décevant

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / Le dépôt d'une pétition de 48 000 noms n'a pas fait sourciller Québec. Le gouvernement de Philippe Couillard maintient le cap et refuse de restituer les 2,8 M$ nécessaires pour entretenir la Route verte. Ce choix est d'autant plus décevant qu'au même moment, l'État injecte 1,3 milliard pour soutenir Bombardier. Loin de le remettre en question, l'investissement démontre la capacité de l'État d'intervenir.

La piste de plus de 5000 km traverse 400 municipalités d'un bout à l'autre de la province. Devant le désengagement financier du gouvernement en 2014, il est facile de comprendre que plusieurs d'entre elles n'ont eu d'autre choix que d'éliminer ce poste budgétaire.

Député de Drummond-Bois-Francs, Sébastien Schneeberger a déposé la pétition soumise par le Parc linéaire des Bois-Francs et le Réseau plein air Drummond. Il note avec justesse que « le gouvernement dérape » dans ce dossier. Paradoxe évident, souligne-t-il, Québec fait en même temps la promotion de saines habitudes de vie.

La Route verte représente un succès à bien des égards. Elle rapporte 30 M$ chaque année en taxes de vente (TVQ). Au lendemain de son inauguration en 2006, on estimait les dépenses de ses utilisateurs à 134 M$. À eux seuls, ces chiffres auraient dû être suffisants pour convaincre l'administration Couillard de redresser la barre. Aveuglée par le déficit zéro, celle-ci ne voit pas qu'elle constitue un formidable « outil de promotion de l'activité physique qui contribue à diminuer la facture de la santé », indique Lionel Fréchette, président du Parc linéaire.

Selon le National Geographic, la Route verte occupait en 2008 la première place parmi les dix plus belles véloroutes au monde. La semaine dernière, quelques personnalités québécoises, dont Serge Arsenault et Gilbert Rozon, ont écrit qu'elle est l'un des plus beaux projets de société des 20 dernières années. Les qualificatifs manquent pour décrire les multiples apports de cette infrastructure dans toutes les régions du Québec. Pour la classe moyenne que courtisent tant les politiciens, elle représente souvent l'unique activité familiale de la semaine, et ce, à peu de frais.

Le refus de ramener les 2,8 M$ pour son entretien doit aussi être juxtaposé aux sommes colossales consenties au réseau routier. Faut-il rappeler que le budget annuel du ministère des Transports s'élève à 5,5 milliards? Québec investira près de 4 milliards juste pour reconstruire l'échangeur Turcot à Montréal. Il vient d'injecter 90 M$ pour un tronçon de la 112 près de Thetford Mines et 9,4 M$ pour l'autoroute 410 à Sherbrooke. Bien sûr, ces voies de communication sont essentielles. Pourtant, au propre comme au figuré, le vélo ne fait pas le poids devant le dieu automobile.

Selon Tourisme Cantons-de-l'Est, les cyclistes sur route ou piste cyclable génèrent de 35 à 40 M$ par année en région. Directeur général, Alain Larouche reconnaît que le paysage vallonneux des Cantons en fait l'une des destinations touristiques préférées des cyclistes. La région, dit-il, a aussi été l'une des premières à se rattacher à la Route verte. « C'est devenu une icône », convient-il avec admiration, convaincu que l'arrivée de vélos électriques va encore amplifier sa popularité.

Les ministres du gouvernement Couillard devraient descendre de leur limousine un instant pour mesurer l'impact de la Route verte. Ses coûts d'entretien ne représentent qu'une infime fraction du budget des Transports. Il y a forcément moyen de trouver une voie, cyclable ou pas, afin d'y parvenir. Québec a prouvé qu'il dispose toujours d'une marge de manoeuvre financière.

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