Dans ma classe, cultiver l'espoir

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Certains ont été sidérés d'apprendre que le gouvernement allait investir un milliard $ pour aider Bombardier à compléter son programme CSeries. Austérité ou pas, l'éducation n'est jamais une priorité, déplore l'enseignante Lynda Dion.

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La Tribune

L'actualité du 29 octobre me jette sur le cul. Vraiment. Excusez le niveau de langage, je me reprends : me sidère, me laisse sans voix. J'ai bien lu et entendu. C'est la grosse nouvelle du jour, les contribuables québécois investiront 1 milliard 300 millions pour sauver Bombardier qui plonge avec sa C Series.

« Un exemple de bonne transaction », clame Philippe Couillard. Chiffres à l'appui. J'ai oublié le nombre d'emplois qui seront ainsi préservés. « On n'a pas le choix ». Tous les gouvernements le font quand la débâcle est proche. Les grands de ce monde ne peuvent pas chuter sans nous entraîner avec eux, nous, les gens ordinaires payeurs d'impôt qui votons pour des gouvernements pantins. Alors vous comprenez, c'est comme ça, le jeu du marché, il faut investir pour que ça finisse par rapporter. On a envie de demander : à qui déjà ?

Ça m'apprendra à suivre l'actualité. J'avais pourtant décidé ce matin de ne plus écouter les nouvelles. Pas bon pour mon moral de prof en pleines négos. Il se dit et s'écrit et se raconte tellement de choses à propos des profs, des belles et des pas belles du tout, que je préfère me concentrer sur le plus important : faire ma journée. C'est-à-dire : être « la plus meilleure des profs », être patiente avec S et G qui ne vont pas manquer de faire les clowns, répéter dix fois les mêmes consignes en évitant de soupirer, prendre du temps avec A après avoir lu un texte dans lequel j'apprends que son père s'est suicidé, prendre J dans mes bras pour la consoler parce qu'elle est déçue de sa note, discuter de cas d'élèves avec mes collègues et, surtout, faire en sorte qu'il me reste encore de l'énergie pour me lancer dans la correction après le souper. Rien de bien extraordinaire. Nous sommes des milliers à le faire tous les jours. Ça s'appelle enseigner, et ça ne vaut rien.

Quand j'entends qu'il faut investir pour remettre Bombardier sur ses rails, quand j'entends Patrice Roy s'émouvoir au téléjournal à propos du plus beau des « fleurons » québécois, je me mords l'intérieur de la bouche pour ne pas hurler. Je ravale. Austérité ou pas, l'éducation n'est jamais une priorité. Qu'on arrête de nous dire le contraire.

L'argent est là quand c'est nécessaire. Correction : quand « on n'a pas le choix ». Personne n'est autorisé à penser le contraire. C'est vissé sur notre calotte cervicale. Le système économique est le socle sur tout repose. Un jeu de cartes qui pourrait bien finir par s'effondrer. Peut-être comprendra-t-on alors l'urgence d'investir dans l'éducation pour faire face aux défis qui nous attendent. D'ici là, je retourne dans ma classe, cultiver l'espoir.

Lynda Dion 

écrivaine et enseignante Sherbrooke

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