Une main gagnante?

Québec a accordé 1,3 G$ à Bombardier.... (Archives, La Presse Canadienne)

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Québec a accordé 1,3 G$ à Bombardier.

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<p>Maurice Cloutier</p>

(Sherbrooke) Éditorial / Le gouvernement québécois vole au secours de Bombardier pour lui permettre de compléter la mise en service de la nouvelle gamme d'avions CSeries.

Ce genre de solution est souvent une solution de dernier recours, dans un contexte particulier. Il faut bien le comprendre. On choisit le moindre mal. Sur le principe, il est normal que l'État fasse tout en son possible pour accompagner Bombardier qui manque de carburant à quelques mètres du fil d'arrivée, pour obtenir toutes les certifications nécessaires et compléter cet ambitieux programme de développement. C'est la manière de réaliser l'investissement de 1,3 milliard de dollars canadiens qui soulève des questions.

Avant de connaître les modalités de cet investissement, les deux chefs des principaux partis d'opposition à l'Assemblée nationale, Pierre Karl Péladeau et François Legault, étaient d'accord pour un soutien financier à cet important joueur du secteur manufacturier québécois.

Puis, quelques heures plus tard, les chefs du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec ont finalement dénoncé la formule de participation convenue par Québec. Pour eux, deux hommes d'affaires aguerris, les Québécois se font avoir. Leur sortie n'est certes pas rassurante. On doit espérer que celle-ci n'est pas partisane sur un enjeu de cette importance.

Il est trop risqué, disent-ils, de prendre une prise de participation à la hauteur de 49 pour cent dans une nouvelle société en commandite, qui prend sous son aile le produit de la CSeries, un produit qui n'a pas encore fait ses preuves et que l'industrie de l'aviation n'a pas accueilli avec enthousiasme. Du moins les commandes tardent.

Ils souhaitaient plutôt que Québec devienne un actionnaire de la société mère Bombardier, un peu à l'image des gouvernements américains et canadiens qui ont acquis lors de la dernière récession des actions de GM pour lui permettre de survivre à un moment critique. Depuis, le gouvernement canadien a revendu à profit ses actions, en plus de préserver des milliers d'emplois dans un secteur névralgique de l'économie ontarienne.

Il est totalement vrai qu'Investissement Québec prend un risque financier important. Il est impossible de juger clairement cette décision de l'État qui a eu accès à des données confidentielles et des analyses stratégiques avant d'ouvrir ses coffres. Si on fait une analogie avec une partie de poker, on peut dire que Québec croit sans doute avoir une main gagnante dans cette transaction. Il faut cependant attendre la fin de la partie pour le savoir.

Chose certaine, ne rien faire n'était pas une solution. La CSeries causent de sérieux maux de tête à Bombardier et il fallait isoler le problème et éviter que la société mère pause des gestes désespérés comme la liquidation d'une partie de ses activités ou la vente pure et simple du programme CSeries et son déplacement à l'étranger.

Des milliers d'emplois manufacturiers de qualité en Estrie et dans les autres régions du Québec dépendent de Bombardier. Il fallait poser un geste pour éviter que le nouvel avion reste dans les hangars ou parte ailleurs au moment où il est prêt à entrer en production. On vient d'éviter une catastrophe. Le temps nous dira si Québec avait raison.

Partout dans le monde, l'industrie aéronautique est soutenue de différentes façons par les gouvernements, un peu comme l'agriculture.

Par ailleurs, il serait vraiment inopportun pour les syndicats du secteur public de confondre cette opération de sauvetage de l'État dans un secteur majeur de l'économie québécoise avec les négociations difficiles en cours. Bien des syndiqués seront tentés de le faire.

Il ne faut pas oublier que la capacité de l'État à accorder des augmentations de salaire dépend grandement de la situation économique et de la croissance de la richesse collective.

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