Révolution politique en cours

Le ministres des Finances du Québec, Carlos Leitao... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Le ministres des Finances du Québec, Carlos Leitao

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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La Tribune

Récemment, le ministre des Finances Carlos Leitao a cru nécessaire de se défendre de participer à une révolution politique. « Ce que nous sommes en train de faire, c'est loin, c'est très loin d'être une révolution; c'est loin d'être une destruction du modèle québécois, c'est loin d'être l'austérité toxique. Ce que nous sommes en train de faire, c'est de nous assurer que les dépenses croissent à un rythme qui est moins élevé que celui des revenus » (Presse Canadienne, 15 octobre).

En bref, ne craignez rien personne, c'est le gros bon sens qui règne. Le hic est que cette déclaration n'est pas cohérente avec d'autres déclarations du gouvernement. On sait depuis un an que Martin Coiteux veut fonder « l'État du XXIe siècle ». On sait aussi que pour le président du Conseil du Trésor, ce qui viendra après l'équilibre budgétaire, ce sont de nouvelles baisses d'impôt : « on vise une certaine réduction du fardeau fiscal des Québécois » (Le Soleil, 12 août). Or s'il faut avoir moins de dépenses que de revenus (Leitao) et si l'État va réduire ses revenus dès l'atteinte d'un budget équilibré (Coiteux), alors ce que l'État veut est réduire durablement ses investissements publics.

Il y a hic plus grand encore : les propos rassurants de M. Leitao sont en contradiction directe avec le fait que le premier ministre se dit lui-même profondément inspiré par un livre qui établit le programme d'une révolution politique. On se souvient en effet de ce que Philippe Couillard conseillait en septembre 2014 à de hauts fonctionnaires et patrons de sociétés d'État : « s'il y a un livre qui l'inspire et même que vous devriez tous lire, c'est The Fourth Revolution - The Global Race to Reinvent the State » (Le Devoir, 6 octobre 2014).

En quoi consiste cette « 4e révolution »? Éric Martin en a récemment rappelé les idées principales (Le projet austéritaire, IRIS, septembre 2015). The Fourth Revolution préconise le parachèvement de ce que les auteurs du livre appellent la 4e révolution de l'État occidental moderne, à savoir celle initiée par Margaret Thatcher. Son objectif : « dégonfler » l'État social du XXe, péjorativement nommé bloat state, héritage de la 3e révolution de l'État moderne. Pour la Bible de M. Couillard, cela signifie privatiser les services publics, vendre les infrastructures de l'État, universaliser la logique de marché, libéraliser l'éducation, flexibiliser le travail... Cela signifie en second lieu corriger une société « trop démocratique » (The Fourth Revolution, p. 245) en faveur d'une société du travail flexible et compétitif. « La démocratie, parce qu'elle répond, comme le disait déjà Platon, aux passions émotives des gens plutôt qu'à la raison, semble être responsable du problème de l'enflure de l'État » (The Fourth Revolution p.246).

Tant le président du Conseil du Trésor que le premier ministre assument ouvertement être aux commandes d'une révolution politique. Bien que la population n'ait jamais voté pour ça, le gouvernement actuel a décidé de transformer le rôle de l'État en amincissant le filet social, les mécanismes de solidarité et la redistribution des richesses pour promouvoir, en lieu et place, l'investissement privé et son droit au profit. Au final, soit la déclaration de M. Leitao relève de la propagande, soit elle relève du déni. Dans les deux cas, c'est inquiétant.

Philippe Langlois

Sherbrooke

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