Une négociation se fait entre deux partenaires

À titre de professeur de cégep, j'ai lu avec intérêt la lettre de Mme (Nadia)... (Imacom, Frédéric Côté)

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La Tribune

À titre de professeur de cégep, j'ai lu avec intérêt la lettre de Mme (Nadia) Duclos dans l'édition du lundi 26 octobre. Elle considérait que les professeurs étaient des preneurs d'otages qui s'attaquaient injustement aux enfants en les privant d'aller à l'école, tout en pénalisant au passage les parents qui devaient s'absenter du travail pour les garder à la maison. Elle nous suggérait plutôt d'exercer d'autres moyens de pression moins agressifs.

J'entends régulièrement cet argument. Je dois dire que la plupart des preneurs d'otages auraient bien aimé éviter la grève car eux aussi seront privés de salaire. Et il faut aussi faire garder nos enfants car on ne sera pas à la maison mais bien sur les lignes de piquetage.

Si vous le voulez bien, voici un autre point de vue. D'abord, il s'agit d'une courte grève dont les dates ont été annoncées à l'avance. Cela permet aux parents de s'organiser pour trouver une solution à la garde de leurs petits. Sans compter qu'il arrive régulièrement que les enfants soient en congé et que les parents travaillent. Si on suit cette logique, on devrait aussi bannir les tempêtes de neige, les journées de maladie et j'en passe.

Évidemment, la grève dérange. Mais une protestation qui ne dérange personne ne mène nulle part. Croyez-moi, Madame, nous avons essayé! Mais si on boycotte les activités parascolaires, comme l'Halloween, on est des monstres. Si on termine une heure plus tôt pendant plusieurs jours comme vous le suggérez, vous allez manquer plusieurs jours de travail au lieu d'un seul. Donc, au final, c'est toujours nous les méchants.

Pour ce qui est de nous comparer avec les hôpitaux, une grève y aurait de graves conséquences, fatales dans certains cas. On est loin de ça dans une école. Quelques jours de grève, c'est comme une grosse tempête de neige, on peut récupérer le tout plus tard.

Vous pouvez par contre agir pour écourter la grève. D'abord, prenez quelques minutes pour réfléchir aux raisons qui nous poussent à la faire. Voici quelques éléments de réflexion. Le gouvernement offre un gel de salaire pour 2 ans puis 1 % par année pour 3 ans. C'est très peu. La plupart d'entre vous qui lisez ces lignes auront probablement quelque part entre 2 et 4 % d'augmentation par année au cours des prochaines années. C'est déjà mieux. Demandez donc à notre député libéral, Luc Fortin, pourquoi il nous offre si peu! Il vous répondra que les finances sont désastreuses. Demandez-lui alors pourquoi les médecins obtiennent depuis des années des augmentations de salaire ET des avantages fiscaux dont ils sont les seuls à bénéficier. Il vous répondra qu'ils avaient un écart salarial à combler avec le reste du Canada. Ce qu'il ne vous dira pas, c'est que plusieurs autres employés de l'État dont les professeurs, les infirmières et les ambulanciers, pour n'en nommer que trois, sont bien plus loin de la moyenne canadienne que les médecins. Comment alors justifier qu'eux ont droit à un rattrapage mais pas les autres?

Je suis prêt à faire ma part pour aider les finances publiques, à condition que l'effort soit partagé. En ce moment, ce que je vois, c'est que les plus riches de tous les employés de l'État ont de fortes hausses alors que plus de 400 000 travailleurs devront payer pour ces 10 ou 12 000 médecins. Vous trouvez ça juste? Moi non.

Pour ce qui est des professeurs de cégep plus spécifiquement, demandez donc à M. Fortin pourquoi on veut, par un tour de passe-passe, forcer des professeurs à choisir entre aller travailler à 250 kilomètres de leur domicile ou abandonner leur poste même s'il y a assez de travail pour eux dans le collège où ils sont présentement! Incroyable vous dites? Bien c'est exactement ce qui est en train de se passer.

Comment se fait-il que non seulement les demandes du gouvernement sont inacceptables mais qu'en plus, il n'en démord pas et ne veut rien y changer. Rien ne semble négociable. Une négociation, ça se fait à deux, pas à sens unique. On devrait donc accepter sans broncher toutes ces demandes qui n'ont pour seul but de réduire nos revenus maintenant et à la retraite, de réduire considérablement le nombre de professeurs permanents pour les remplacer par des professeurs précaires - pour faire le même travail -, d'augmenter la tâche des professeurs qui vont rester, de réduire les services aux étudiants et j'en passe? Si on ne proteste pas, la qualité de l'éducation collégiale en souffrira et ultimement, ce sont vos enfants qui n'auront pas l'éducation qu'ils méritent.

Et si votre enfant passe un an ou deux de plus à la maison quand il aura 18 ans parce qu'il a de la difficulté à terminer ses études, combien pensez-vous que ces mois ou ces années de plus à l'écart du marché du travail vont vous coûter collectivement, comme famille? Faites le calcul et dites-moi si quelques jours de grève pour réveiller le gouvernement ne valent pas les petits inconvénients qui viennent avec.

La meilleure façon d'éviter la prochaine journée de grève est de contacter votre député et de lui demander de justifier ses demandes et d'être équitable envers TOUS ses employés. En attendant, il semble que la seule façon de se faire entendre est de « kidnapper » vos enfants! Comme vous, ça m'écoeure pas mal d'en arriver là, mais il semble que c'est ce que le gouvernement préfère. Comme ça, il pourra nous assommer avec une loi spéciale et passer pour le défenseur de la veuve et de l'orphelin. Ça passe toujours bien dans les lignes ouvertes.

Julien Lacombe

P.S.: Par souci de transparence, je précise que je suis vice-président du syndicat des profs du Collège Champlain mais je vous écris à titre personnel et mon opinion n'engage que moi-même.

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