Mériter la confiance

Jean Perrault... (Imacom, Julien Chamberland)

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Jean Perrault

Imacom, Julien Chamberland

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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / «Faire confiance ». Le titre du rapport de Jean Perrault, ex-maire de Sherbrooke, traduit bien le sentiment du milieu municipal. Le document rendu public vendredi propose 44 recommandations afin de simplifier les relations entre les municipalités et l'État québécois. Certes, il convient de viser une plus grande efficacité et d'en obtenir le maximum avec l'argent des contribuables. Pourtant, une saine gestion des fonds publics passe aussi par une surveillance étroite. Après tout, la confiance se mérite.

Jean Perrault semble avoir effectué un excellent travail. Avec ses partenaires, il a identifié les embûches qui paralysent l'exécution de travaux publics. Est particulièrement explicite l'exemple de la réfection d'un ponceau au coût de 12 000 $, mais qui a nécessité une étude d'impact de 60 000 $ et un délai de trois ans avant d'obtenir le certificat d'autorisation. Ce genre d'aberration coûte effectivement une fortune aux contribuables. Les propositions de l'ex-maire ont d'ailleurs été très bien reçues par les deux grandes organisations municipales.

À Sherbrooke, le maire Bernard Sévigny se montre très satisfait, parlant de pragmatisme et de la connaissance fine de son prédécesseur. La Ville, souligne-t-il, est l'une des rares au Québec à confier la réalisation de la moitié de ses travaux à ses propres employés, sans passer par un appel d'offres. Malgré tout, elle doit fournir à Québec toutes les pièces justificatives, jusqu'à la moindre facture. De toute évidence, il en résulte une perte de temps et d'argent, d'autant plus inacceptable que l'État ne contribue pas à l'investissement. Bernard Sévigny a pleinement raison de parler « d'infantilisation ».

Jean Perrault soutient que les fonctionnaires municipaux consacrent jusqu'à 2,5 millions d'heures pour la reddition de comptes chaque année.

La recommandation majeure du rapport Perrault vise à relever le seuil d'autorisation des contrats dits de gré à gré. Le maximum permis passerait ainsi de 25 000 $ à 100 000 $ pour conclure un contrat de service avec un entrepreneur privé, une firme d'ingénieurs ou de communication sans devoir passer par un appel d'offres public. On entre ici dans le coeur de la crise de confiance entre l'État et les municipalités. Celles-ci ont d'ailleurs trop souvent contourné cette limite en morcelant des projets en plusieurs contrats.

Ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau s'est engagé à donner suite à cette proposition. Il n'y voit aucun problème, à condition que « le tout se fasse à visière levée ». Si seulement cela était si simple. D'un coup de baguette magique « d'une plus grande transparence », le public sera-t-il à l'abri du favoritisme envers les petits amis? Mythe ou réalité, trop de récompenses politiques pour services rendus peuvent se cacher derrière ces contrats accordés de gré à gré. En quoi le fait de les afficher publiquement changera-t-il le fonds de la question?

Jean Perrault rapporte « un manque flagrant de confiance »

de la part des différents ministères québécois envers les municipalités. Les travaux de la Commission Charbonneau et les monstrueux exemples des villes de Laval et de Mascouche ont illustré à merveille les motifs de cette méfiance. Oui, comme le suggère Jean Perrault, reconnaître les municipalités comme des gouvernements de proximité pourrait mettre fin à un climat de surveillance coûteux et inefficace. Le défi ne consiste-t-il pas à trouver le juste équilibre entre cette gouvernance de proximité et une surveillance adéquate? D'accord pour faire confiance, mais pas une confiance aveugle parce qu'il y aura toujours des filous.

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