Les Viandes Laroche : conséquence de nos choix!

Sans vouloir diminuer l'importance de la perte de 100 emplois dans une région... (Archives La Tribune)

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Patrick Pinard
La Tribune

(Sherbrooke) Sans vouloir diminuer l'importance de la perte de 100 emplois dans une région qui n'en avait pas les moyens, la fermeture des Viandes Laroche, à Asbestos, cause beaucoup plus de dommages que ça, et surtout, est la résultante directe de nos choix.

Pourquoi l'entreprise Viandes Laroche ferme-t-elle ses portes? Parce que l'industrie alimentaire québécoise est grandement malade et incapable d'être compétitive face aux autres.

Revenons en arrière de 20 ans. Au début des années 90, le gouvernement impose de nouvelles normes aux entreprises alimentaires. Chaque bête vendue au consommateur doit être inspectée. Qui peut être contre cette idée? On ne peut être contre la vertu. Les normes en salubrité explosent. La propreté n'est plus suffisante, on doit être stérilisé. Et on doit le prouver par écrit. Et arrive ce qui ne peut être évité, l'explosion des coûts en abattage et en transformation.  

Aujourd'hui, un plan fédéral comme les Viandes Laroche (abattoir assujetti à l'Agence canadienne de l'inspection des aliments-ACIA) signifie le gaspillage des ressources. Ils doivent maintenir des systèmes en place leur permettant de retracer chaque pièce de viande vendue. Une vis qui commence à rouiller dans le bas d'un mur signifie quasiment la démolition immédiate du mur, et donc, le ralentissement de la production, si ce n'est pas l'arrêt total. Un détaillant qui souhaite retourner un produit à son fournisseur ayant un permis fédéral signifie pour ce fournisseur « jette le produit », car il ne peut prouver à l'inspecteur que le produit a été conservé dans des conditions optimales. La récupération d'une simple boîte de carton est complètement interdite, car elle pourrait être contaminée. Et de l'autre côté, le gouvernement via Éco Entreprise Québec taxe la quantité d'emballage utilisée pour son impact écologique.

Et l'augmentation des normes, c'est à tous les niveaux. L'an dernier, dans ma petite boucherie à Sherbrooke, j'ai dû investir 30 000 $ dans un système de facturation me permettant de retracer chaque lot de production. Nous aussi, nous devons savoir où chaque plat de cretons est allé! Et ce, sans parler des autres normes comme « un boucher ne peut plus couper un os à soupe sur la scie à viande à cause du risque de blessure ».

Ces nouvelles normes imposées par l'ACIA et le MAPAQ (ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec) ont été clairement ressenties. La presque totalité des abattoirs régionaux en sont morts aujourd'hui. Plus de concurrence! Les grands ont pris le contrôle absolu de l'alimentation. Ils contrôlent les normes afin que le petit ne puisse survivre, contrôlent les naissances et donc, en fin de compte, le prix du marché.

Viandes Laroche était le dernier abattoir bovin au Québec. Et à part les gens d'Asbestos, personne ne voit la catastrophe. Même pas les éleveurs de boeuf qui, aujourd'hui, vendent leur boeuf au gros prix avec le sourire! Que se passera-t-il lors de la prochaine crise de la vache folle? Nous n'apprenons pas de nos erreurs!

Le gouvernement ne doit pas simplement donner des subventions. Il doit fournir un environnement permettant aux entreprises de vivre en santé. Et en imposant tellement de réglementations vertueuses que nos voisins ne s'imposent pas, nous sommes assurés d'une chose : notre alimentation dépend maintenant des autres.

Une solution

La solution m'apparaît simple. Les différentes agences gouvernementales devraient recentrer leurs mandats vers le soutien et la formation des entreprises, plutôt que vers l'application pure et simple des règlements. Un soutien aux entreprises serait bien plus profitable au niveau sanitaire que la tenue d'un registre. Pour illustrer mon propos, ce n'est pas avec une loi imposant un système ABS et un coussin gonflable dans nos voitures que nos enfants vont mieux conduire. Et l'utilité de ses systèmes n'est pas remise en cause.

Mais lorsque nous ne travaillons pas en alimentation, nous ne voyons pas tout cela. Et même ceux qui le voient pensent souvent plus aux 3 $ qu'ils peuvent sauver sur un panier d'épicerie de 100 $ qu'à l'économie locale, même si pour cela, il doit dépenser 5 $ d'essence.

Le seul pouvoir que le consommateur a, c'est son pouvoir d'achat. Et malheureusement, nous l'utilisons collectivement mal. Pour 8 ¢ de moins le litre d'essence, nous sommes prêts à accueillir n'importe quel géant américain dans notre cour et le remercier. Et ces géants, ils n'achètent pas leurs viandes qu'ils mettent en comptoir chez Viandes Laroche, ils le prennent chez un autre géant loin de chez nous.

Patrick Pinard,

Vice-président de la Chambre de commerce de Fleurimont,

Copropriétaire de la Boucherie Clément Jacques des Terrasses 777,

Copropriétaire des Boucheries du Jardin (Magog, Mascouche, Boucherville, Varennes, Ste-Julie, Trois-Rivières)

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