Le décrochage : analyse d'un enjeu social

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En 2011-2012, le taux de décrochage général frôlait le 16%. Chez les garçons, il se situait tout juste sous la barre des 20%. Chez les filles, le taux était de près de 13%.

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Vincent Beaucher
La Tribune

(Sherbrooke) Chronique / Depuis plusieurs années, la lutte au décrochage scolaire a pris de l'ampleur, un sujet sur lequel il est toujours pertinent de revenir. Ainsi, au tournant du millénaire, 22% des jeunes Québécois quittaient le système d'éducation sans avoir leur diplôme d'études secondaires en poche, ou encore sans avoir obtenu une qualification leur permettant d'exercer un métier en particulier. Cette statistique étant une moyenne des gars et des filles, elle combine à l'époque un taux de 28% pour les premiers avec un taux de 16% pour les secondes. Soulignons que la faible quantité de décrochage au privé tire ce taux vers le bas, lequel serait plus élevé s'il ne concernait que l'école publique.

Une décennie plus tard, les statistiques pour l'ensemble du Québec étaient encourageantes. Ainsi, en 2011-2012, le taux de décrochage général avait diminué de six points pour frôler le 16%. Chez les garçons, il se situait tout juste sous la barre des 20%, un progrès non négligeable. Chez les filles, le taux était de près de 13%.

Ces résultats sont le fruit d'une diminution quasi constante, mais il semble maintenant y avoir une certaine stagnation. Il faudra voir lors de la publication des prochaines statistiques ce qu'il en est réellement; on peut cependant imaginer qu'il sera de plus en plus difficile de diminuer ces chiffres.

La tendance québécoise s'est bien reflétée en Estrie, dans la mesure où d'un taux de décrochage moyen dépassant les 30 % il y a plus de dix ans, celui-ci est tombé sous la barre des 20 % en 2012-2013.

Il reste cependant encore du travail à faire, surtout chez les garçons dans le réseau public, où près d'un jeune sur quatre quitte le système sans diplôme ni qualification. Cela dit, certaines autres données nous font constater que tout n'est pas perdu pour ces décrocheurs.

De fait, si le Québec doit se préoccuper de son taux de décrochage, il peut néanmoins s'enorgueillir de proposer de bonnes options de raccrochage, ce qui fait que le nombre de diplômés du secondaire continue à progresser même au-delà des cinq années du cheminement normal.

Ainsi, en combinant tous ceux qui obtiennent un premier diplôme d'études secondaires avant, mais aussi après, l'âge de 20 ans, c'est d'un taux de 93 % dont il est question. Autrement dit, presque tous les Québécoises et les Québécois qui vont au secondaire aujourd'hui (et depuis quelques années en fait) obtiennent un jour ou l'autre leur diplôme. Le plus tôt est le mieux, mais mieux vaut tard que jamais!

Pour essayer de contrer le décrochage, un élément important consiste à être en mesure de reconnaître qui sont les jeunes à risques de quitter le système. Le ministère de l'Éducation publiait récemment un document où certaines caractéristiques prédisposant au décrochage étaient relevées : le retard à l'entrée au secondaire (46 %), les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation d'apprentissage [EHDAA] (47 %), les élèves issus de l'immigration (21 %), la défavorisation de l'école fréquentée (24 %) et les élèves autochtones (61 %).

Les pourcentages exposés ici sont révélateurs, car ils indiquent, sur le total d'élèves de 5e secondaire présentant chaque caractéristique, le taux de jeunes qui n'obtiendront pas leur diplôme ou une qualification à la fin de l'année et qui ne se réinscriront pas à l'école l'année suivante. Par exemple, ce sera le cas de 6000 des 12 000 EHDAA sortants, ou encore de 400 des 600 autochtones finissants. À noter que ces caractéristiques peuvent se combiner, ce qui augmente évidemment pour un tel élève le risque de décrochage.

Au final, les chiffres nous indiquent que certains groupes d'élèves sont plus à risques que d'autres d'être des décrocheurs, qu'il y a encore du travail à faire auprès des garçons, que le décrochage se passe presque exclusivement au public (88 %), mais aussi qu'il y a eu de belles avancées depuis plus d'une décennie et qu'ultimement, plusieurs décrocheurs reviennent terminer leur secondaire. En soi, c'est déjà une victoire.

Vincent Beaucher enseigne en éducation à l'Université de Sherbrooke.

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