Le devoir d'agir

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Les Canadiens et leurs gouvernements ont le devoir d'agir autant pour améliorer les conditions de vies des peuples autochtones que pour mettre fin au mépris et à l'indifférence.

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / Devant la gravité des allégations à l'endroit de huit policiers de la Sûreté du Québec (SQ) du détachement de Val-d'Or, qui auraient agressé sexuellement des femmes autochtones de 2002 à 2015, le gouvernement Couillard doit lancer une enquête indépendante, comme le demandent le chef de la Première Nation d'Abitibiwinni, David Kistabish, et l'Assemblée des premières Nations Québec-Labrador.

À la suite des révélations de l'émission Enquête de Radio Canada, diffusée jeudi soir, la décision de la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, de transférer au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) l'enquête en cours depuis cinq mois à la SQ constitue la moindre des choses.

Pensait-on sérieusement que les victimes alléguées, qui disent avoir été agressées par des policiers de la SQ, allaient se confier aux enquêteurs de la direction des normes professionnelles de la même SQ?

Les huit policiers visés par les allégations sont relevés de leur fonction. Mieux vaut tard que jamais.

L'enquête du SPVM permettra sans doute de faire la lumière sur ce qui s'est passé et de porter éventuellement des accusations.

Toutefois, au-delà de l'aspect criminel et déontologique de cette affaire, une enquête indépendante et élargie permettrait d'avoir l'heure juste sur les problèmes de discrimination et de comportements abusifs envers les femmes autochtones, décriés notamment par le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec.

Parallèlement, il est étonnant qu'il ait fallu cinq mois et un reportage de l'émission Enquête pour que le gouvernement du Québec et la Sûreté du Québec réagissent publiquement et reconnaissent la gravité de la situation.

Pas moins de 14 dossiers auraient été ouverts et transmis aux enquêteurs de la SQ en mai dernier.

De même il est un peu assommant d'apprendre que les huit policiers qui seraient en cause, dont cinq sont encore en poste à Val-d'Or et les autres ailleurs dans la province, sont demeurés au travail jusqu'à hier.

Mais, au moins, pourrait-on dire, l'alarme vient de sonner.

Ce n'est pas d'hier qu'autochtones et policiers vivent des problèmes mutuels de cohabitation et d'incompréhension, autant au Québec qu'ailleurs au Canada.

Mais que des femmes vulnérables, parfois avec des problèmes personnels de consommation, se fassent agresser par des policiers censés les protéger dépasse l'entendement.

Cette affaire incite, avec raison, les porte-parole autochtones à relancer le nouveau premier ministre Justin Trudeau pour la tenue d'une enquête nationale sur la disparition et l'assassinat de près de 1200 femmes autochtones au Canada de 1980 à 2012, ce que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a toujours refusé.

Elle doit aussi nous faire prendre conscience de notre méconnaissance profonde de nos concitoyens autochtones, de notre indifférence devant les problèmes sociaux économiques qui les accablent depuis des décennies et, malheureusement, d'une forme de culpabilité collective par omission.

Le Québec entier est ébranlé par cette histoire, mais combien d'autres victimes d'abus et de violence gardent le silence?

Au cours des dernières années des enquêtes et des rapports ont mis au jour les problèmes de violence envers les femmes autochtones, de discrimination envers les membres des Premières Nations et de conditions de vie parfois dignes du Tiers-monde.

Récemment, la Commission de vérité et réconciliation révélait l'horreur des pensionnats autochtones entre la fin du 19e siècle et 1996 : 150 000 enfants arrachés à leur famille, dont 3200 sont morts de diverses maladies.

Qu'avons-nous retenu et appris?

Les Canadiens et leurs gouvernements ont le devoir d'agir autant pour améliorer les conditions de vies des peuples autochtones que pour mettre fin au mépris et à l'indifférence.

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