Péril en la demeure

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) Éditorial / Le mouvement souverainiste n'a probablement pas dit son dernier mot, mais il devra se redéfinir et se rajeunir à la suite des résultats mitigés du Bloc québécois lors du scrutin fédéral de lundi et du sur-place que semble faire le Parti québécois, même avec Pierre-Karl Péladeau à sa tête.

Personne n'est irremplaçable, mais les démissions coup sur coup du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et du vétéran péquiste Stéphane Bédard, jeudi, constituent une lourde perte pour les souverainistes, même si les deux politiciens n'ont pas quitté pour les mêmes raisons.

M. Duceppe, qui n'a pas été élu dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie, a choisi de partir en raison des résultats décevants que son parti a obtenus. M. Bédard, privé de son poste de leader parlementaire, le fait pour passer à autre chose et être plus près de sa famille.

Ces deux départs envoient néanmoins le signal que l'heure est aux remises en question. Une fois de plus.

Le Bloc québécois jouait probablement son avenir cette fois-ci et même avec 10 députés élus, six de plus qu'en 2011, mais moins que les 12 conservateurs, ses appuis populaires (19,3 pour cent) sont les plus faibles depuis 20 ans, malgré le retour de Gilles Duceppe, chef charismatique et articulé.

M. Duceppe a fait une excellente campagne électorale et défendu avec conviction les intérêts du Québec, qu'il s'agisse de la protection du système de gestion de l'offre, de la contestation du projet d'oléoduc Énergie Est ou de la préservation des champs de compétences de la province.

Mais visiblement, le parti n'a pas su canaliser le vote progressiste ni convaincre tous les souverainistes.

Pire, la désaffection envers le Nouveau parti démocratique, qui avait grugé le vote souverainiste en 2011, n'a pas profité au Bloc québécois, mais plutôt aux libéraux de Justin Trudeau, perçus comme étant les plus aptes à déloger les conservateurs de Stephen Harper.

Parallèlement, nombre de Québécois estiment sans doute aujourd'hui que la souveraineté ne passera pas par Ottawa et ne croient plus à l'utilité d'un parti condamné à l'opposition.

Le Bloc québécois n'a peut-être plus sa raison d'être, tout simplement.

Faut-il rappeler que lors de sa fondation au début des années 90, le parti devait avoir une existence éphémère, le temps d'aider le Parti québécois à remporter le référendum de 1995?

À ce tableau s'ajoute la lente dégringolade du Parti québécois depuis une vingtaine d'années : lors du scrutin provincial d'avril 2014, le parti n'a recueilli que 30 sièges avec 25,4 pour cent du vote populaire.

Il serait toutefois présomptueux de prédire la fin du mouvement souverainiste, comme l'a fait le premier ministre Philippe Couillard au lendemain de l'élection d'un gouvernement libéral majoritaire à Ottawa.

Ou d'affirmer que le scrutin fédéral de lundi était un référendum sur la souveraineté.

Le passé démontre que l'idée de la souveraineté a souvent rebondi, que ce soit à la suite de l'échec du référendum de 1980, avec l'élection d'un gouvernement du Parti québécois majoritaire en 1981, ou après la victoire sans équivoque des libéraux de Robert Bourassa en 1985 qui n'avait pas empêché un retour en force du PQ et la tenue d'un second référendum en 1995.

Mais pour l'heure, l'ampleur de la victoire des libéraux fédéraux au Québec, avec le recul du Bloc et du PQ, démontre l'urgence d'un renouveau au sein du mouvement souverainiste et l'importance que davantage de jeunes et de néo-Québécois deviennent les porteurs du message.

À moins, bien sûr, qu'il soit déjà trop tard.

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