L'après 19 octobre? Rideau Hall!

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Si vous espérez que le suspense de cette longue campagne électorale se termine lundi soir avec l'annonce des résultats, préparez-vous à une déception. À moins de l'élection-surprise d'un gouvernement majoritaire, ce suspense ne fait que débuter : qui sera appelé à diriger le pays? Ce n'est pas nécessairement le gagnant si les conservateurs de Stephen Harper sont réélus, mais minoritaires.

Les autres chefs politiques ont juré de retirer leur confiance à la première occasion. Tous les regards se tourneront donc vers une institution que l'on croyait désuète, celle du gouverneur général.

Si le parti qui a le plus de sièges est minoritaire et qu'il perd la confiance de la Chambre dès la lecture du discours du Trône, le représentant de la reine n'est pas tenu d'autoriser le déclenchement de nouvelles élections. Il se doit de vérifier si un autre parti est capable d'obtenir la confiance de la Chambre et de gouverner.

La question s'est posée en décembre 2008, six semaines après les élections du 14 octobre. Les partis d'oppositions avaient alors émis l'intention de défaire le gouvernement Harper et de prendre la relève. Harper avait déjoué leur plan en demandant à la gouverneure générale du temps, Michaëlle Jean, de proroger la Chambre, ce à quoi elle avait acquiescé.

Coup de théâtre! Jeudi, une ancienne titulaire de ce poste, Adrienne Clarkson, a publié une lettre dans le Globe and Mail demandant à l'actuel gouverneur général, David Johnston, de lever le secret des discussions si une telle demande devait lui être présentée. Mme Clarkson a dit trouver normal que les rencontres entre le premier ministre et le représentant de la reine soient confidentielles. Mais lorsqu'il s'agit d'un enjeu aussi important que la confiance de la Chambre, elle n'est plus d'accord. Elle a rappelé une déclaration de 1998 de la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, statuant qu'une société de droit se caractérise par une « certaine éthique justificative... et que l'exercice du pouvoir n'est approprié que lorsqu'il peut se justifier auprès des citoyens qu'en terme de rationalité et d'équité ».

Mme Clarkson a insisté sur l'importance de la transparence dans une telle situation. Dans un cas similaire à celui de 2008, elle a suggéré que le premier ministre et le gouverneur général soient tenus de s'expliquer publiquement.

Cette intervention de Mme Clarkson envoie un signal fort, et elle n'est pas le fruit du hasard. La lecture de la presse torontoise des dernières semaines permet de constater qu'un nombre croissant de l'intelligentsia anglophone prédit maintenant la fin du régime de Stephen Harper. Et que si le premier ministre devait quand même l'emporter avec une faible minorité, il n'aurait plus la légitimité nécessaire pour obtenir la confiance de la Chambre des communes.

L'intervention d'Adrienne Clarkson est un appel évident à l'actuel gouverneur général. Il ne devrait pas, selon elle, tolérer un délai déraisonnable dans le rappel de la Chambre et la lecture d'un discours du Trône après les élections. Et plus encore, aucune prorogation des travaux parlementaires, comme ce fut le cas en 2008, ne devrait être autorisée sans vérifier au préalable la possibilité qu'un autre parti puisse obtenir la confiance de la Chambre.

Voilà le nouveau suspense en devenir si Stephen Harper est réélu minoritaire lundi soir. Un scénario qui amènerait vraisemblablement Justin Trudeau à visiter le gouverneur général pour l'informer de son intention de gouverner avec l'appui des néo-démocrates, du Bloc québécois et du Parti vert.

Par contre, si c'est Trudeau qui remporte les élections mais sans obtenir de majorité, c'est une autre affaire. On peut penser que Stephen Harper tirera sa révérence et provoquera une course à la direction du Parti conservateur, ce qui donnerait aux libéraux le temps de se faire les dents à la tête du gouvernement.

Dans un cas comme dans l'autre, le Canada risque fort de se retrouver en élections dans deux ans.

MAUDITS SONDAGES?

Devrait-on en interdire la publication des sondages d'opinion en période électorale? La question est pertinente parce qu'il est vrai que les sondages ont une influence sur le déroulement d'une campagne, sur la couverture des médias et la perception de l'électorat.

La question renvoie cependant à une autre question que l'on devrait se poser lundi, après avoir déposé nos bulletins de vote dans l'urne : aurions-nous préféré voter dans l'ignorance des effets de la campagne? En pensant que les sondages publiés avant le déclenchement des élections représentaient toujours la réalité? Que Stephen Harper et Thomas Mulcair étaient encore au coude à coude et que Justin Trudeau traînait loin derrière eux? Aurions-nous préféré voter à l'aveugle, sans savoir si l'affaire Duffy avait nui aux conservateurs, si la position du NPD sur le niqab avait été mal accueillie par l'électorat, si le départ forcé de Daniel Gagnier avait compromis la remontée des libéraux?

Bref, aurions-nous préféré nous prévaloir de notre droit de vote en ignorant la perception de l'électorat sur les promesses des candidats et les accidents de parcours? La réponse s'impose : un électeur informé est mieux outillé pour prendre sa décision.

Les sondages d'opinion ne sont pas parfaits et ils n'ont pas l'influence qu'on leur accorde. La personnalité des candidats et leurs programmes politiques sont des facteurs beaucoup plus importants. Mais ces sondages peuvent nous conforter dans nos opinions, ou à l'inverse nous forcer à une analyse plus critique de notre perception, à la lumière de l'opinion des autres.

Qui plus est, il serait irresponsable d'écarter les sondages dans notre appréciation des partis en présence, pour la bonne raison que ces partis ont également leurs propres sondages. La connaissance de ces données nous permet de comprendre et de déjouer les stratégies, de savoir, par exemple, pourquoi Stephen Harper et Thomas Mulcair ont concentré leurs attaques contre Justin Trudeau en fin de campagne.

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