Voter voilé ou pas?

Des électeurs ont voté à visage couvert en...

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Des électeurs ont voté à visage couvert en fin de semaine dernière à Sherbrooke, lors du vote pour anticipation.

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Je suis un citoyen canadien qui suis allé voter à l'élection de mon gouvernement fédéral, le 10 octobre, accompagné de mon épouse voilée. De mon côté, je portais sur le visage un mouchoir style motard et un chapeau moustiquaire. Notre déguisement n'a rien d'une farce plate.

Il veut choquer afin de montrer l'aberration du jugement de la Cour d'appel de l'Ontario qui s'applique à tout le Canada. Cette décision nous autorise à agir de la sorte tout comme elle autorise à voter à visage voilé pour des motifs dont le fondement religieux est nié par plusieurs membres de la religion en question, soit l'islam. (...)

La réalité démontre que cette pratique est loin d'être appliquée partout au sein de cette communauté. En Turquie, pays musulman à plus de 98 pour cent, la majorité des femmes ne portent pas ce voile que l'on remarque surtout dans les régions les plus reculées. Les journalistes de la scène internationale qui couvrent le conflit en Palestine y filment régulièrement des mères éplorées à visage découvert. (...)

L'arrivée de nombreux immigrants en provenance du Moyen-Orient et du Maghreb ne devrait d'aucune manière personnelle, culturelle, religieuse ou autre venir entraver notre démarche égalitaire par ici, surtout dans l'espace public.

Que la cour entérine une telle violation des longs combats en vue d'une société plus juste pour tous et toutes est une honte pour notre nation tout entière. C'est neutraliser les dures batailles menées avant tout par des femmes comme Simone Chartrand et Claire Kirkland-Casgrain, femmes venues tant des milieux syndical que politique. (...).

Mais voilà que les juges font fi du passé. Pourraient-ils au moins se référer au présent? Comment rejeter l'opinion et l'expertise d'une femme comme Fatima Houda-Pepin? Docteure en politique étrangère qui fut au service des gouvernements fédéral et québécois, elle est une musulmane née et élevée au Maroc. Pour elle, burqa, niqab et tchador sont des « tenues vestimentaires archaïques (...) qui vont à l'encontre du principe de l'égalité entre les hommes et les femmes ».

Avec le débat sur les accommodements raisonnables, ces dernières années, comment ces juges pouvaient-ils l'ignorer? La Charte des droits et libertés canadienne autorise-t-elle un tel recul?

Même si ces juges ne se sont pas prononcés sur la constitutionnalité de leur décision, comment ont-ils pu accepter une pratique qui va à l'encontre de l'évolution de notre société et qu'un très grand nombre de musulmanes ont délaissée, précisément par recherche d'égalité entre les hommes et les femmes! (...).

Serge-André Lapierre

Sherbrooke

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