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Capitalisme 101 ou le dur apprentissage économique de la Chine

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Les tours poussent à grande vitesse dans le quartier financier de Pudong à Shanghai, capitale économique de la Chine.

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Khalid Adnane
La Tribune

(ANALYSE) Analyse / Depuis plus d'une décennie, la Chine ne cesse de fasciner, et pour cause! Considérée, il n'y a pas si longtemps, comme une économie « sous-développée », elle est devenue aujourd'hui une puissance économique redoutable, se hissant même à la 2e place sur l'échiquier mondial, juste derrière les États-Unis. Mais les turbulences économiques que vit le pays depuis quelques mois, plus particulièrement depuis l'été dernier, confirment ce que bon nombre d'analystes voyaient déjà venir : le modèle chinois n'a pas atteint sa pleine maturité, et le pays en a encore beaucoup à apprendre!

Il est vrai que depuis le début des années 2000, la Chine affiche des statistiques pour le moins ahurissantes, statistiques qui font l'envie de plus d'un pays sur la planète. Au niveau du PIB, le pays a enregistré des hausses de plus de 10 % sur plusieurs années consécutives, avec un pic de 14 % en 2007, tout juste avant le déclenchement de la crise des Subprimes. Un taux presque inimaginable, surtout lorsqu'on considère que la moyenne des pays de l'OCDE, pendant la même période, oscillait autour d'un maigre 2,5 %.

Résultat de cette croissance économique fulgurante, dans les années 2000, la Chine se positionne comme une puissance commerciale de premier plan, « l'usine du monde » comme on la qualifie. Elle est devenue le premier exportateur mondial, ses produits se retrouvent partout sur les marchés mondiaux. Seule l'Allemagne peut se targuer de s'approcher d'une telle performance. Il n'est donc pas étonnant que la part de la richesse mondiale (du PIB mondial) détenue par la Chine, qui représentait 5 % en 1993, dépasse les 16 % aujourd'hui.

Cependant, tout le monde savait que cette croissance n'allait pas durer continuellement et que tôt ou tard, l'économie chinoise devait se stabiliser (trouver un terrain d'atterrissage) et afficher des performances se rapprochant de la normale. L'histoire économique de plusieurs pays industrialisés occidentaux est d'ailleurs là pour le confirmer.

Par exemple, lorsqu'on analyse l'évolution de la croissance économique des États-Unis sur l'ensemble du 20e siècle, on réalise assez vite que des taux de croissance du PIB dans la dizaine sont plutôt rares, comme le sont d'ailleurs les récessions profondes accompagnées de reculs importants de l'activité économique.

Dans les faits, on remarque que les périodes où les États-Unis ont affiché de telles performances sont limitées, à peine 4 ou 5, tout au plus. De plus, celles-ci sont intimement liées, soit à des efforts de guerre (les deux guerres mondiales) ou à des reconstructions post conflit (les années 20 et les années 40), soit à des épisodes singuliers de l'histoire économique des États-Unis, comme les grands chantiers mis en place pendant les années 30 pour sortir le pays de la grande dépression de 1929.

Mais ce qui est plus fascinant encore, c'est quand on considère cette évolution par décennie. On constate alors que, depuis 1960, la moyenne décennale tourne autour de 3 à 4 % et que le dernier pic du taux de croissance aux États-Unis remonte à 1984, à 7,3 % du PIB.

Capitalisme 101

En ce sens, malgré les pas de géant qu'elle a franchis dans son ascension économique, la Chine doit poursuivre son apprentissage si elle aspire un jour à atteindre la maturité, au même titre que les puissances économiques établies, comme les États-Unis.

Cet apprentissage a déjà commencé par un retour sur terre en ce qui concerne ses performances économiques : les taux de croissance dans la dizaine et à répétition sont à oublier! Les dernières prévisions du FMI publiées plus tôt cette semaine prouvent d'ailleurs cet état des faits.

La Chine devra aussi apprendre à limiter sa dépendance vis-à-vis les marchés extérieurs pour ses exportations, d'autant plus que selon les récentes données de l'OMC, un ralentissement du commerce mondial semble s'installer durablement. Par conséquent, tôt ou tard, le pays devra développer un marché intérieur, et ceci passe nécessairement par l'émergence d'une réelle classe moyenne dotée d'un pouvoir d'achat substantiel.

Mais, son plus dur apprentissage, et la Chine est en train de le vivre, renvoie à la nature même du système capitaliste et peut se nommer « capitalisme 101 ». Pendant longtemps, le pays a bénéficié des vertus de ce système pour devenir la puissance économique qu'on connaît aujourd'hui. Jusqu'au krach boursier de l'été dernier, du moins! Ce premier krach - car il y en aura assurément d'autres - vient rappeler à tout le monde, à la Chine en premier, que le système capitaliste, financier surtout, ne comporte pas que des vertus, il a aussi des vices.

Khalid Adnane est économiste à l'École de politique appliquée à l'Université de Sherbrooke

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