Tarifer le droit à la santé

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Éditorial / En voulant « normaliser » les frais accessoires imposés pour des services assurés offerts par les médecins en cabinet et dans les cliniques privées, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, risque de contrevenir à la Loi canadienne sur la santé et de restreindre l'accès aux soins pour les personnes moins fortunées.

Et sans débat public.

À l'exception de la Fédération des médecins spécialistes qui appuie cette proposition (certains membres ont exprimé leur dissidence), le ministre Barrette fait l'unanimité contre lui.

Les trois partis d'opposition, les syndicats, les retraités, le Conseil pour la protection des malades et le regroupement des Médecins québécois pour le régime public s'y opposent vigoureusement.

Ils y voient une menace pour le droit à la santé pour tous, un pas de plus vers un régime de santé à deux vitesses.

La protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, évoque « le glissement graduel vers une contribution directe de plus en plus grande des usagers », affirmant que l'équité dans l'accès aux services est remise en question.

Malgré cela, M. Barrette persiste et signe : il ira de l'avant, dit-il, parce que l'État n'a pas les moyens de payer la facture de 50 millions $ que ces frais représentent.

Cette affirmation relève davantage d'une posture idéologique que de la réalité budgétaire.

Car 50 millions $, c'est une bagatelle dans un budget de la santé de 32, 8 milliards $ et c'est bien peu en comparaison des augmentations faramineuses de la rémunération des médecins omnipraticiens et des spécialistes au cours des dernières années.

De plus, Santé Canada a rappelé en juin dernier que les frais facturés au patient (tests diagnostiques, gouttes ophtalmiques, agents anesthésiants, par exemple) en sus des honoraires versés par l'assurance-maladie pour les services couverts par le régime public sont interdits par la Loi canadienne sur la santé.

Le gouvernement peut-il, par règlement, autoriser la surfacturation et, ce faisant, se soustraire à la loi?

Il est vrai que les ressources en santé sont limitées et que les dépenses augmentent en raison du vieillissement de la population, de mauvaises habitudes de vie et d'un problème d'efficience dans le réseau.

Le gouvernement Couillard arrête des choix qui feront en sorte que les patients pourront recevoir certains soins selon leur capacité de payer et non en fonction de leurs besoins en santé, qu'ils pourront s'offrir des soins en clinique privée ou devront s'accommoder du réseau public.

« Cinquante millions $, c'est marginal dans le budget de la santé, mais cela se traduira par des coûts très importants pour la santé des gens », livre Astrid Brousselle, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en évaluation et amélioration du système de santé.

« C'est une double iniquité : l'accès aux soins sera en fonction des ressources financières et non des besoins et aussi parce qu'on n'aura pas accès aux mêmes services », ajoute-t-elle.

Pour l'heure, le gouvernement semble avoir pour stratégie de répéter constamment le message selon lequel les Québécois n'ont plus les moyens de se payer leur système public de santé, tout en disant vouloir le préserver.

Les Québécois payent des impôts et attendent une réorganisation de leur système de santé qui tient compte des principes d'universalité et d'accessibilité pour tous.

Le ministre Barrette doit abandonner son approche strictement comptable et corporatiste et abolir les frais accessoires pour les services assurés.

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