Nouvelle brèche

Le chef conservateur Stephen Harper doit des explications aux producteurs de... (Archives, La Presse)

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) Le chef conservateur Stephen Harper doit des explications aux producteurs de lait, d'oeufs et de volaille au sujet des désavantages qu'ils subiront si l'entente de principe du Partenariat transpacifique (PTP) est ratifiée.

Lors des pourparlers en vue du PTP, M. Harper s'était engagé à protéger l'intégralité du système de gestion de l'offre en agriculture, qui permet un équilibre entre l'offre et la demande, donc de contrôler la fluctuation des prix.

Or, hier, il a annoncé que cet accord ouvre une brèche qui permettra aux producteurs étrangers d'accaparer jusqu'à 3,25 pour cent du marché de ces produits.

Une formule de compensation totalisant 4,3 milliards $ sur 15 ans est toutefois prévue pour soutenir les producteurs qui seront pénalisés. Un moindre mal.

Ce montant représentera la facture que devront payer les contribuables pour aider les agriculteurs canadiens à tenir le coup devant l'importation de produits souvent subventionnés.

En effet, si le gouvernement canadien a dû mettre le programme de gestion de l'offre sur la table, lors des négociations, les subventions agricoles versées par les États-Unis, par exemple, ne l'étaient pas.

On ne connaît pas les détails de l'entente et on ne peut savoir si les compensations annoncées seront suffisantes.

Mais en divulguant que dès l'entrée en vigueur de ce traité, le gouvernement fédéral devra aider les agriculteurs touchés, M. Harper ne reconnaît-il pas qu'il y aura des dommages collatéraux?

N'aurait-il pas mieux valu présenter une véritable formule alternative pour ce secteur agricole majeur au Québec, plutôt qu'un pansement?

Le ministre québécois de l'Économie, Jacques Daoust, a sans doute donné l'heure juste, hier, en déclarant que si Ottawa parle de compensations, « c'est parce qu'il y a une perte ».

Il y a toujours un prix à payer pour parvenir à un accord commercial international et accéder à un plus grand marché. Du reste, le Canada doit faire partie du PTP.

Cet accord, qui regroupe 12 pays de la région du Pacifique, dont le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Chili, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam, ne touche pas que l'agriculture.

Il donnera à plusieurs secteurs d'activité, acier, machinerie, matériel agricole et technologies, notamment, un accès à 800 millions de consommateurs, sans barrières tarifaires, ce qui devrait stimuler l'investissement, l'emploi et l'innovation.

Plusieurs feront valoir que perdre 3,25 pour cent d'un marché agricole n'est pas dramatique.

Il s'agit toutefois d'une perte de revenu pour les producteurs de lait, de volailles et d'oeufs, qui s'ajoutera à l'augmentation des importations du fromage européen, en 2013, dans le cadre de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne, une mesure qui touche particulièrement le Québec.

On peut comprendre leur inquiétude et leur frustration, alors que les importations dans ces trois domaines atteignent déjà 8 à 10 pour cent au Canada, selon l'Union des producteurs agricoles (UPA).

« Quand on signe des accords commerciaux, il devrait y avoir une exception pour l'agriculture; l'autosuffisance alimentaire c'est important », livre son président régional, François Bourassa.

Avec cet accord de principe, Stephen Harper fait d'une pierre deux coups puisque le Partenariat transpacifique est généralement bien perçu par la population et conforte l'image d'un parti conservateur résolument engagé dans le développement économique.

D'ici le scrutin du 19 octobre, le chef conservateur devra toutefois démontrer que ce nouveau partenariat sera le moins dommageable possible pour la production canadienne de lait, de volaille et d'oeufs.

Il pourrait d'ailleurs commencer par corriger le laxisme actuel dans les importations de protéines laitières qui ne sont pas soumises aux tarifs protectionnistes de la gestion de l'offre.

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