Éditorial: honte à Aubut

Marcel Aubut... (Archives La Presse)

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Marcel Aubut

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Pierre-Yvon Bégin
La Tribune

Marcel Aubut quitte la présidence du Comité olympique canadien (COC) dans la honte. La plainte pour harcèlement sexuel déposée par une employée de la Fondation olympique canadienne a aussitôt été retirée, mettant fin à une enquête interne. L'affaire demeure troublante à bien des égards. Le COC savait depuis cinq ans déjà que des allégations « très sérieuses » pesaient contre l'ex-propriétaire des Nordiques de Québec. L'organisme devra expliquer pourquoi aucune sanction ne lui a été imposée. Il devra aussi prendre les dispositions pour bannir à jamais ce genre de comportement.

Le Comité reconnaît que les allégations au sujet de son président sont « extrêmement dérangeantes ». En plus d'avoir à justifier le fait que le conseil d'administration a été tenu dans l'ignorance, il devra aussi instaurer une politique de « tolérance zéro ».

C'est d'ailleurs ce que réclame Sylvie Fréchette. Celle qui a failli être privée d'une médaille d'or en raison d'une erreur note avec justesse que le respect des règles constitue la base de l'esprit olympique. La nageuse dit avoir reçu les dernières révélations comme « une claque en plein visage ».

Médaillée d'or en plongeon aux Jeux de Los Angeles en 1984, Sylvie Bernier partage cette opinion. « Marcel, c'est Marcel. Tout le monde le connaît. C'est un homme qui aime les femmes», témoigne-t-elle. Étrange façon d'aimer les femmes, mais propos combien révélateurs d'un malaise dans son entourage. Par déférence au personnage, lui pardonnait-on trop facilement ses écarts de conduite?

Sylvie Bernier et Jean-Luc Brassard, autre médaillé d'or olympique, ont aussi raison quand ils affirment qu'il faut beaucoup de courage pour dénoncer des harceleurs, surtout quand ceux-ci sont élevés au rang de célébrités. Les récents exemples de Bill Cosby, ce bon père de famille à la télévision américaine, et de Jian Ghomeshi, animateur vedette à CBC, sont révélateurs à ce sujet.

Le printemps dernier, Bertrand Charest, ex-entraîneur de l'équipe junior féminine de ski alpin, a aussi été accusé d'agressions sexuelles sur ses protégées. Il est d'autant plus ardu pour les femmes de dénoncer un agresseur quand celui-ci se trouve en position d'autorité.

Premier francophone à diriger le COC en 108 ans, Marcel Aubut déplace de l'air. Dans un portrait du personnage réalisé en 2014 pour L'actualité, Alec Castonguay rappelle que certaines étiquettes lui collent à la peau : rustre, Aubut l'imbu, mégalomane, mais aussi bâtisseur, déterminé et généreux. Il n'était visiblement pas facile de dire « non » au kid de la Grande Allée et au p'tit gars du Bas-du-Fleuve. Négociateur implacable, il appuyait sciemment ses phrases de « câlisse » et « ostie » bien sentis. « Il n'a aucun filtre, aucune pudeur », y témoigne son ami journaliste Réjean Tremblay.

Marcel Aubut a réussi à convaincre nombre d'entreprises privées à investir dans les athlètes et ce qu'il voulait être la plus grande marque de sport au pays. Son modèle est aujourd'hui copié par d'autres pays. Il part en disant que l'affaire était devenue « une distraction majeure », sans doute aussi parce que des commanditaires ne voulaient plus lui être associés.

S'il a manifestement fait beaucoup pour les athlètes et le sport au pays, Aubut était loin de faire l'unanimité. Son accolade à Vladimir Poutine aux Jeux de Sotchi était discutable. Cette fois et même si aucune accusation n'a été portée, Marcel Aubut a bousillé une réputation enviable et une brillante carrière pour un comportement de « vieux mon'oncle ».

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